"Le hanami mélange rite du saké et admiration de la nature"

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Japonaises en habit traditionnel sous les cerisiers en fleurs

Japonaises en habit traditionnel sous les cerisiers en fleurs

Le saké a un lien profond avec la coutume du hanami, la contemplation des cerisiers

Le saké a un lien profond avec la coutume du hanami, la contemplation des cerisiers

Epis de riz fraîchement récoltés

Epis de riz fraîchement récoltés

Aux origines du hanami, les fleurs de prunier étaient plus admirées par les Japonais que celles du cerisier

Aux origines du hanami, les fleurs de prunier étaient plus admirées par les Japonais que celles du cerisier

Le château de Himeji sous les cerisiers

Le château de Himeji sous les cerisiers

Les Japonais vont chercher une légèreté bucolique en déambulant au hasard des grandes allées bordées de cerisiers du parc d'Ueno.

Les Japonais vont chercher une légèreté bucolique en déambulant au hasard des grandes allées bordées de cerisiers du parc d'Ueno.

Introduits pendant l'ère Heian, les premières représentations nippones de bonsaïs apparaissent au cours de l'ère Kumakura

Estampe représentant des femmes autour d'arbres fleuris en pots (bonsais)

Le Tsukimi, ou contemplation de la Lune, est une coutume japonaise pratiquée fin septembre, début octobre

Comme le hanami (contemplation des fleurs), le tsukimi, ou contemplation de la Lune, est une ancienne coutume japonaise

Les jeunes japonais ont remis au goût du jour le hanami ainsi que le port des habits de fête

Les jeunes japonais ont remis au goût du jour le hanami ainsi que le port des habits de fête

Un groupe de japonais installé dans un parc pour pique-niquer sous les cerisiers

Un groupe de japonais installé dans un parc pour pique-niquer sous les cerisiers

1 200 ans d'histoire des cerisiers

Notre guide Alain a vécu 15 ans au Japon, se consacrant à la culture de l'Archipel, à son histoire et aux multiples aspects de sa civilisation. Il nous raconte l'origine du hanami, sa signification dans l'esprit des Japonais et comment cette coutume a évolué jusqu'à devenir le phénomène culturel que l'on connaît aujourd'hui.

Vivre le Japon : Quelles sont les origines de la contemplation des cerisiers ?

Alain B. : On a assez peu de précisions sur l'origine de cette coutume. Elle serait liée à un ancien rite de fécondité célébré au moment du saké nouveau, au printemps et en automne dans les villages japonais. En avril, ce rituel donnait lieu à un festival de débauche sous les sakura (cerisiers en fleurs en japonais).

VLJ : De quand date officiellement le premier hanami ?

AB : De l'année 812, lorsque l'Empereur Saga, fasciné par les fleurs de cerisiers, célèbre le premier hanami au jardin Shinsen-en, à Kyoto, et institue un jour férié, fêté pendant de très nombreuses années. Les aristocrates vont célébrer ce jour, puis ce sera au tour des samouraïs, et enfin le peuple. 

"Le cerisier était l'arbre où habitait le dieu du riz"

Mais il faut attendre l'époque d'Edo (1603-1868) pour que le hanami se popularise, et pour voir apparaître des allées entières de cerisiers sur des sites aujourd'hui touristiques.

VLJ : D'où vient le mot "sakura" ?

AB : Il y a plusieurs étymologies. L'une d'elles décompose le mot en sa et kura. Sa désigne un ancien dieu des rizières et du riz récolté, dans le Shintoïsme. Ce dieu est d'ailleurs associé au kami des céréales, Inari. Kura signifie entrepôt, grenier, et fait référence aux anciennes maisons sacrées montées sur pilotis et où l'on stockait le riz. Les Japonais voyaient donc dans le cerisier l'arbre où habitait le dieu du riz.

VLJ : Le cerisier a-t-il toujours été le seul arbre dont on a contemplé les fleurs ?

AB : Non. À l'origine, non seulement le sakura mais aussi tous les arbres à fleurs étaient admirés pour leur beauté. Si l'on se réfère au Man'yôshû, le Recueil des dix mille feuilles, anthologie de poésie japonaise datant de 760, on compte 43 poèmes sur le hanami de sakura, contre 110 sur les pruniers. En effet, le prunier, d'origine chinoise, avait la faveur des aristocrates, à une époque où le Japon puisait son inspiration dans la dynastie chinoise des Tang. Le sakura, arbre autochtone, était considéré comme vulgaire. 

"Le hanami devient peu à peu exclusif au cerisier"

En revanche, dans le Kokinshû, recueil datant de 905, on ne trouve plus que 18 poèmes sur les pruniers, contre 110 chantant la beauté des sakura. On est alors à l'ère de Heian (794-1185) : le Japon a fermé ses missions en Chine et se replie sur lui-même pour assimiler ses nouvelles connaissances. C'est aussi le temps des jardins, notamment à Heian, l'ancienne Kyoto, alors capitale impériale. Le célèbre Sakuteiki, Livre de conception du jardin datant de la seconde moitié du XIe siècle, recommande ainsi de planter des cerisiers. Le hanami devient donc au fur et à mesure exclusif au sakura

VLJ : Que symbolise le cerisier pour les Japonais ?

AB : Le sakura est symbole de délassement, de rupture d'étiquette. C'est le moment dans l'année où les Japonais, rigoureusement respectueux d'un code de bonne conduite en société, se relâchent et rompent l'étiquette. On peut comparer cela au carnaval en Europe et en Amérique par exemple. 

"Dans les années 80, le hanami n'intéressait pas les Japonais"

Le cerisier a aussi un lien profond avec le riz et avec le saké. Depuis l'époque de Nara (710-794), il est de coutume de contempler les sakura en buvant du saké. Le hanami est en fait la fusion de deux coutumes : l'admiration de la nature dans les jardins par les aristocrates et la fête du saké nouveau.

VLJ : Quelle est la place des cerisiers dans les arts japonais ?

AB : Outre la poésie, le sakura trouve sa place dans les arts populaires, comme l'estampe, au XVIIIe siècle. De jeunes filles y sont représentées, buvant du saké sous les cerisiers. Il est en revanche assez peu présent dans l'ukiyo-e, la peinture classique ou la gravure.

VLJ : Y a-t-il d'autres coutumes japonaises comparables au hanami ?

AB : Oui, le hanami a son pendant : le tsukimi, la contemplation de la lune, au moment où celle-ci est la plus visible, les nuits de fin septembre, début octobre. 

VLJ : Comment avez-vous vu évoluer la coutume du hanami ?

AB : Quand j'ai commencé ma carrière d'accompagnateur au Japon, à la fin des années 1980, les Japonais ne parlaient pas du tout de hanami. Ils ne s'y intéressaient pas. C'était rejeté et considéré comme une pratique réservée aux personnes âgées. La fête importante, c'était plutôt Tanabata, par exemple. À Tokyo, ceux qui fêtaient le plus le hanami étaient les étrangers. 

"On ne s'invite pas comme ça à un hanami"

Puis à partir de la fin des années 1990, je l'ai vu devenir peu à peu une fête chic. Les jeunes notamment ont développé un engouement pour le hanami, comparable aux bains japonais. Le hanami est donc une fête ancienne tombée en désuétude avant d'être de nouveau popularisée par les jeunes d'aujourd'hui, qui remettent au goût du jour les traditions japonaises. On voit ces mêmes jeunes se balader en costumes lors des festivals estivaux, ce qui ne se faisait pas autant auparavant. 

VLJ : Quels conseils donneriez-vous aux voyageurs qui veulent voir les cerisiers en fleurs ?

AB : Je leur déconseille de se fondre dans la masse et d'essayer de faire comme les Japonais, bouteilles d'alcool à la main. Ce ne sera pas bien accepté, à moins qu'ils soient invités par des Japonais. Dans un hanami, les gens ont leur pré carré, on ne se mélange pas. On ne s'invite pas comme ça au milieu d'un hanami. Je conseille donc aux voyageurs de prendre simplement l'ambiance, sans s'imposer.

VLJ : Quels lieux conseillez-vous ?

AB : À Tokyo, qui est la ville que je connais le mieux, le parc d'Ueno, le Palais impérial ainsi que le long de la rivière Meguro-gawa. Meguro est un quartier soft, idéal pour les jeunes, et où l'on parle anglais. À Kyoto, il faut aller dans l'un des nombreux jardins de la ville. Ailleurs, le château de Himeiji est aussi un lieu de choix.


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