Shin-hanga, la nouvelle estampe   新版画

Date de publication :
Kawase Hasui, Tokyo, 12 Dai: Komatogashi, 1919.

Kawase Hasui, Tokyo, 12 Dai: Komatogashi, 1919.

Le temple Zozo-ji à Shiba sous la neige (1925). Estampe de Hasui Kawase

Le temple Zozo-ji à Shiba sous la neige (1925). Estampe de Hasui Kawase

Nu après le bain Hashiguchi Goyo

Nu après le bain (1915). Estampe de Hashiguchi Goyo

Le Mont Fuji depuis Funatsu Yoshida Hiroshi

Le Mont Fuji depuis Funatsu (1928). Yoshida Hiroshi

Tombe la neige

L'élégance délicate d'une silhouette courbée dans les intempéries de l'hiver, le bruissement des geta dans la neige... Jamais ces impressions n'ont été traduites avec autant de talent et de sensibilité que dans le shin-hanga, la nouvelle gravure sur bois du XXe siècle qui succéda à l'ukiyo-e.

La fin de l'ukiyo-e

À la fin du XIXe siècle, l'Europe succombe à l'engouement des estampes ukiyo-e. Les collectionneurs se les arrachent. Les impressionnistes s'en inspirent pleinement. Pourtant, les images du monde flottant ne font plus recette sur leur terre d'origine. Depuis la mort d'Hiroshige en 1858, l'art de l'ukiyo-e décline lentement. L'ouverture du Japon aux occidentaux en 1868 et l'introduction de la photographie et de la lithographie portent un coup fatal à la production de cet art né au XVIIe siècle.

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Shōzaburō Watanabe, acteur du renouveau

Shōzaburō Watanabe (1885-1962) ouvre son magasin d'estampes en 1906 à Tokyo. Il y vend des estampes ukiyo-e originales, des rééditions de qualité et des petites gravures (paysages, oiseaux, fleurs) destinées à l'illustration de calendriers et cartes. Il est convaincu que l'art de la gravure sur bois ne peut pas complètement disparaître. Déterminé à donner un souffle nouveau à cet art ancestral, il réunit autour de lui des artistes dont Hasui Kawase (1883-1957) et Hiroshi Yoshida (1876-1950) et une demi-douzaine de graveurs et imprimeurs. 

Un traitement novateur

L'art de l'impression sur bois bénéficie dès lors d'un renouveau passionnant : le shin-hanga ou nouvelle estampe. Si les sujets des nouvelles estampes sont des classiques de l'ukiyo-e (paysages, portraits de jeunes femmes et d'acteurs de kabuki, endroits célèbres de la capitale), leur traitement est quant à lui novateur. Les artistes utilisent des éléments et techniques venus d'occident comme les ombres portées, la perspective et transmettent une esthétique qualifiée de réalisme doux. Il est admis par Watanabe et d'autres éditeurs que l’estampe de Hashiguchi Goyo (1880-1921) en 1915 Nu après le bain est la première estampe shin-hanga.

Deux maîtres : Hasui Kawase et Hiroshi Yoshida

Kawase Hasui collabore avec Watanabe de 1918 à sa mort en 1957. En quarante ans de collaboration, tous deux produiront plus de 600 paysages. Dans ses paysages sous la neige ou la pluie, Kawase combine les procédés traditionnels de représentation et les rendus néo-impressionistes. Son interprétation en 1925 du temple Zôjô-ji à Tokyo est son plus gros succès commercial. En 1956, il reçoit le titre de Trésor National Vivant.

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Peintre de formation, Hiroshi Yoshida ne s’intéresse à la gravure sur bois qu'en 1920 et débute alors une collaboration avec Watanabe. Celle-ci est de courte durée. Dès 1924, Yoshida ouvre son propre atelier de gravure sur bois et se libère de la dépendance d'un éditeur. Parallèlement aux séries illustrant le Mont Fuji et les vues de Tokyo, Yoshida réalise des estampes d'inspiration occidentale par leur thème mais avec un rendu japonais. Ses représentations de paysages et monuments américains, canadiens, grecs ou indiens offrent un saisissant contraste emprunt de virtuosité.

Succès et reconnaissance

L'estampe shin-hanga connaît son plein essor entre 1915 et 1960 et rencontre le succès en Europe mais plus particulièrement aux Etats-Unis. Au-delà des sujets, elle perpétue la tradition ukiyo-e d'un travail à quatre mains (artiste, éditeur, graveur et imprimeur). En cela, elle diffère des sōsaku hanga ou estampes créatives, apparues à la même époque. Dans celles-ci, l'artiste travaille seul et maîtrise toutes les étapes de création. En outre, sur le plan esthétique, les sōsaku hanga s'inscrivent directement dans la mouvance des avant-gardes européennes.

L'art de l'ukiyo-e puis le renouveau artistique apporté par les artistes du XXe siècle conduisent le gouvernement japonais à ériger le processus de gravure sur bois au rang de bien culturel immatériel (mukei bunkazai) en 1952.

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