Le Gokaidô : les 5 routes historiques du Japon   五街道

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Le pont Nihonbashi.

Le pont Nihonbashi.

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Les cinq routes du Japon ou Gokaidô

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Sur la route du Tokaidô (1825). Photographie de Felice Beato (1832-1909)

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Le pont Sanjō Ōhashi à Kyoto. Estampe d'Hiroshige. Les cinquante-trois étapes du Tokaidô.

Nakasendo_Narai-juku

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La route historique du Tôkaidô

La route historique du Tôkaidô dans la forêt

La route de Nakasendo entre Magome et Tsumago.

La route de Nakasendo entre Magome et Tsumago.

En route sur les Cinq routes d'Edo ou les 5 routes majeures du Gokaido.

Durant l’époque d’Edo (1603-1868), il existe dans l’archipel cinq axes routiers majeurs appelés les Gokaidô. Ces routes avaient toutes pour point de départ le pont Nihonbashi à Edo (ancien nom de la ville de Tokyo) : le Tôkaidô et le Nakasendô pour rejoindre Kyoto, le Kôshû kaidô pour gagner la province de Kai, le Ôshû kaidô rejoignant la province de Mutsu et le Nikkô kaidô pour aller à Nikko.

La volonté shogunale de création d'un système routier moderne

C’est au cours du shogunat Tokugawa que naissent et se développent les Gokaidô. En 1601, deux ans avant d’accéder au titre de shogun, Tokugawa Ieyasu (1543-1616) ordonne les premiers grands aménagements routiers de l’archipel. Cette réforme du système routier a pour but de renforcer son pouvoir politique et cela sur tout le territoire national. 

En 1604, le pont de Nihonbashi à Edo devient officiellement le point de départ des futures grandes voies de transport terrestre du pays. Les cinq routes sont créées progressivement au cours des 17ème et 18ème siècles : le Tokaidô est achevé en 1624, le Nikko Kaidô en 1636, l’Oshu Kaidô en 1646, le Nakasendô en 1694 et le Kôshu kaidô en 1772. 

Une législation et des normes strictes structurant ces routes voient alors le jour. Ces dernières régissent la largeur des voies ou bien encore la présence ou non d’arbres le long du tracé. Tous ces axes sont divisés en ri, une unité de mesure équivalente à 3,927 km, depuis Nihonbashi.  Chacun des ri est signalé aux voyageurs par deux petits monticules de terre surmontés de végétation situés face à face de part et d’autre de la route, les ichiriri tsuka

Longues de plusieurs centaines de kilomètres, les gokaidô sont jalonnées de relais ou stations appelées shukuba dans lesquelles on trouve des auberges, des postes de contrôle et des relais de chevaux. Signalons d’ailleurs que la réglementation shogunale prévoit aussi le nombre de chevaux disponibles en permanence dans ces relais. Ces shukuba sont distantes les unes des autres de 7 à 10 km selon la route empruntée. 

Durant plus de 250 ans, daimyos, marchands, artisans, samouraïs, pèlerins et voyageurs de tout poil vont ainsi arpenter ces cinq routes à pied, à cheval ou en palanquin.

"Enfin ce matin, à cinq heures, par une matinée splendide qui annonce une journée de feu,  nous montons dans un char à bancs. Il nous transportera sur le Tokaido, la route royale que nous prenons à une lieue d'ici et qui est carrossable jusqu'aux bords de la rivière d'Odawara. De là, on continuera à pied, à cheval, en kangho […] Le  Tokaido est, comme toujours, fort animé. Des voyageurs à pied, en norimon, en kangho, des femmes, des enfants, des hommes à deux épées, des prêtres à la tête rasée, se suivent presque sans interruption." (Promenade autour du monde. Tome 1 (1873)  par Joseph Alexander von Hübner).

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Sur le Nikko Kaidô (1930). Estampe de Kasui Kawase

De bonnes conditions de voyage

Les voyageurs occidentaux arrivant au Japon à partir de 1858, après deux siècles de politique isolationniste, saluent unanimement la qualité de ce réseau de communication terrestre

Les Gokaidô sont larges et garnies de deux fossés pour évacuer l’eau. Ces routes bénéficient également d’un entretien régulier hors norme leur permettant de rester en bon état toute l’année.

Le sankin-kôtai, système de résidence alternée des daimyos instauré en 1635 par le shogun Tokugawa Iemitsu n’est certainement pas étranger à cet état de fait. Obligés de passer une année sur deux à Edo en y laissant leur famille lorsqu’ils regagnent leur fief, les daimyos accompagnés de leur imposant cortège arpentent fréquemment ces routes de l’archipel. Avant leur passage, les routes jonchées de sable sont balayées, arrosées et débarrassées des saletés en tout genre. 

De très nombreux récits de la seconde moitié du 19ème siècle décrivent en détail les conditions de voyage sur les Gokaidô et en particulier sur le Tokaidô, axe le plus fréquenté. 

"C'est une chaussée fort bien entretenue et qui est des plus pittoresques. Dans le voisinage de Yédo [Edo] et en général à proximité des grandes villes, elle est très animée et bordée des deux côtés par de nombreux villages qui se suivent de près et qui sont reliés entre eux par des chaumières, des fermes isolées et des maisons de thé. La route entière ressemble ainsi à une longue rue. Les voyageurs qu'on y rencontre vont à pied ou se font porter soit dans de grandes litières (norimons), soit dans d'étroites et incommodes chaises (kangas)." (Un voyage autour du Japon par Rodolphe Lindau, 1864)


Quelles sont les routes du Gokaidô ?

Le Tokaidô, littéralement la voie de l’océan de l’est relie la ville d'Edo, le siège du gouvernement shogunal, à Kyoto, la cité impériale en longeant la côte Pacifique du Japon. Cette voie est jalonnée de 53 shukuba auxquelles s’ajoutent le point de départ à Edo, le pont Nihonbashi et le point d’arrivée, le pont Sanjôbashi à Kyoto. Il faut environ 2 semaines aux voyageurs pour parcourir les 500 km du Tokaidô.

Le Nakasendô ou Ksokaidô relie lui aussi Edo à Kyoto mais emprunte un autre itinéraire en passant par les montagnes du centre de Honshu, les Alpes japonaises, ce qui lui vaut son nom de "route de la montagne du centre". Il est donc plus difficile et plus long que le Tokaidô. Vingt jours sont nécessaires pour venir à bout des 533 km et 69 étapes du Nakasendô. 

Depuis l'époque d'Edo (1603-1868), le Kôshû kaidô permet de gagner la province de Kai (préfecture actuelle de Yamanashi). Il était ensuite possible de poursuivre jusqu’à la ville de Suwa dans la préfecture de Nagano en empruntant une partie du Nakasendô. Quarante-quatre stations permettaient aux voyageurs de se reposer sur le chemin long de 200 km.

Le Ôshû kaidô ou Route de la terre du nord relie Edo à la province de Mutsu ou plus précisément la ville de Shirakawa dans la préfecture actuelle de Fukushima. Long de 180 km environ, il est ponctué de 27 stations dont les 17 premières sont communes avec le Nikko kaidô.

Le Nikkô kaidô connecte Edo au Nikkô Tôshô-gû en 21 étapes. Cette route est la plus courte des Gokaidô avec une distance totale de 150 km.

Où trouver ces vestiges du Gokaidô ?

La modernisation rapide de l’archipel au cours de l’ère Meiji (1868-1912) et l’urbanisation galopante du 20ème siècle ont eu raison des Gokaidô. 

Si certains grands axes routiers et ferroviaires actuels sont en grande partie calqués sur ces routes anciennes, il n’en demeure pas moins que les gokaidô ont presque totalement disparu du paysage nippon. 

Néanmoins, quelques tronçons ont été sauvegardés et demeurent accessibles. Dans ces quelques cas, les autorités locales et les associations touristiques œuvrent ardemment à leur préservation. 

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Kumagai. Etape du Kisokaido. Estampe de Keisai Eisen. Série des Soixante-neuf étapes du Kisokaidô

Ces vestiges attirent chaque année de très nombreux touristes conscients d'aller à la rencontre d'un pan important de l’histoire nipponne

  • Pour le Nakasendô : entre Tsumago et Magome dans vallée de Kiso ; entre Nakatsugawa Juku et Magome Juku, puis entre Fujimura Kousatsube (à 3 km de la gare de Takenami) et Hosokute juku (0 13 km de JR Mizunavi) dans la vallée de Mino.
  • Pour le Tokaidô : entre la gare de Hakone-Yumoto, terminus de la ligne Odakyu, et Hakone Sekisho, ancien point de contrôle. Une randonnée sur le chemin historique du Tokaido est appelée la Hakone Kyu Kaido.
  • Pour le Nikkô kaidô : il faut signaler une portion de 16 km sur la route nationale 119 entre Utsunomiya et Nikkô. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un tronçon ancien, la route suit l’ancien tracé du Nikkô kaidô et propose l’un des plus beaux endroits pour le hanami avec plus de 1 500 cerisiers japonais plantés le long de la route.

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