Le haïku   俳句

Date de publication :
La lune à travers les feuilles d'un érable

L'observation de la lune marque le début du kôyô, rougissement des feuillages à l'automne

Oeuvre de Matsuo Basho

Oeuvre de Matsuo Basho

Les Jizo bosatsu du lac Shinji

Les Jizô bosatsu du lac Shinji

Yosa Buson est réputé pour ses compositions de haïga accompagnant ses poèmes.

Yosa Buson est réputé pour ses compositions de haïga accompagnant ses poèmes

Statue du poète Matsuo Bashô

Statue du poète Matsuo Bashô

Les bourgeons de cerisier, prêts à éclore.

Les bourgeons de cerisier, prêts à éclore.

La fragilité de l'instant

De temps en temps

Les nuages nous reposent

De tant regarder la lune.

Matsuo Bashô 

Le haïku pourrait à lui seul définir la poésie japonaise tant ce genre stylistique est renommé à travers le monde. Le haïku est un poème court comportant certains codes. Sa forme classique est constituée de trois phrases rythmées par un enchaînement de cinq, sept et cinq syllabes contenant une césure en fin de première ou deuxième ligne. 

Le sens des saisons

Au-delà de cette analyse chirurgicale, cette forme poétique s'attache au rendu d'une émotion souvent liée aux sensations que procurent un instant fugace de la vie quotidienne. Dans sa forme traditionnelle, le haïku est également composé autour d'une saison de l'année : hiver, printemps, été, automne. La lune et le Nouvel An tenant une place particulière dans la culture japonaise, il est alors possible que la saison soit remplacée par l'un de ces thèmes, comme en témoigne le poème de Bashô, en introduction.

Le moine à l'origine

C'est à Matsuo Bashô, célèbre haïjin (auteur de haïkus) du XVIIe siècle, que nous devons la forme le plus connue des haïkus. A l'origine, rien ne le destinait à devenir poète. Guerrier pour la famille Yoshitada, il se prend d'amitié pour le fils animé par la pratique de la poésie. À ses côtés, il développe le goût de cet art et, à la mort de son ami, il revêt l'habit de moine pour parcourir le pays à la rencontre des poètes de l'époque. Bashô redéfinit les contours du poème alors appelé haïkaï

Du haïkaï au haïku

Le haïkaï est un poème plus long, composé de la partie 5/7/5 à laquelle vient s'ajouter un second enchaînement. En le réduisant de sa moitié, il ne conserve que le premier enchaînement, appelé hokku. Ce n'est qu'au XIXe siècle, sous la plume de Masaoka Shiki, autre célèbre poète, que le nom de haïku apparaît : une contraction des mots haïkaï et hokku. Par la façon de traiter le sujet, un certain rapprochement est à faire avec la culture zen introduite au Japon aux alentours du XIIe siècle. Les notions de vide, de dualité, de l'instant présent pourraient effectivement faire penser à la pratique de la méditation zen. Cependant, nul besoin d'être moine zen pour s'adonner au plaisir du haïku, comme en témoigne la longue liste des poètes célèbres.

Grands noms du haïku

  • Yosa Buson (1716-1783) 

Peintre et poète à la fois, il accorde une grande importance au haïga, ce dessin accompagnant parfois le haïku. A travers ses poèmes, il cherche à traduire l'essence des choses plutôt que leur apparence. Certaines de ses peintures peuvent être admirées au Ginkakuji, le pavillon d'argent, à Kyoto.

Soir d'automne -

Il est un bonheur aussi

Dans la solitude.

  • Kobayashi Issa (1763-1828)

Auteur de plus de 20 000 haïkus, Issa se détache du classicisme de Buson en souhaitant notamment donner une place à l'émotion personnelle.

Matin de printemps -

Mon ombre aussi

Déborde de vie !

  • Masaoka Shiki (1866-1909)

Considéré comme le père du haïku moderne, dont il détermina le nom, il se détache du type romantique d'Issa pour revenir à l'essence même du style où le réalisme et le descriptif reprennent leurs droits. Le poème ci-après a été écrit lors de sa visite au jardin Kairaku-en.

Une falaise raide

 les pruniers tous ensemble

 s’inclinent

Muki haïku

Au fil des siècles, le haïku fera l'objet de quelques évolutions dues notamment à l'ouverture sur le monde, aux guerres, aux mutations de la société... Ainsi, alors que le Seconde Guerre Mondiale fait rage, le muki haïku, ou haïku libre fait son apparition. Décriés des puristes, ces poèmes ne mentionnent plus nécessairement la notion de saisonnalité, permettant ainsi aux poètes d'inscrire leurs émotions dans un contexte nouveau, élargi et plus contemporain. 

Une écriture plus spontanée

En effet, les saisons à elles seules ne suffisent plus à refléter l'émotion d'un instant. Ainsi, certains haïjin décriront leurs blessures de guerres quand d'autres brosseront la vibrante activité industrielle du pays. Certains iront même jusqu'à s'affranchir du rythme imposé par la composition traditionnelle, permettant une souplesse qui favorisera une écriture plus spontanée. 

Le haïku, et plus largement la poésie, ne sont pas des pratiques réservées à une élite. Que ce soit par l'existence de nombreux clubs de poésie ou par la publication de haïkus dans les plus grands quotidiens du pays, la poésie fait partie intégrante de la culture populaire japonaise

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Haïku

Haîku : 5 / 7 /5