Histoire de la photographie japonaise   日本写真史

Date de publication :
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Le studio de Kusakabe Kimbei à Yokohama. Photographie de Kimbei (vers 1881)

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Homme tatoué. Photographie de Kusakabe Kimbei (entre 1870 et 1899)

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Photographie du magistrat Tanaka Mituyoshi prise en 1854 par le photgraphe américain Eliphalet Brown Jr qui accompaganit le Commodre Perry. Il s'agit d'une des plus anciennes photographies du Japon.

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Le photographe français (vers 1861). Estampe d'Utagawa Yoshikazu

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Masahisa Fukase, A Game: Sasuke, 1983

Une si belle histoire d’amour

Bien que la photographie fût introduite assez tardivement dans l’archipel, c’est un lien particulièrement profond qui unit le Japon au 8ème art.

Et le Japon découvrit la photographie

Malgré l’installation d’une chambre noire en 1948 dans la colonie hollandaise de Nagasaki, l’histoire de la photographie au Japon ne débute véritablement qu’après l’arrivée des navires noirs du Commodore Perry en 1853 puis la signature du traité de Kanagawa l’année suivante. Le développement de la photographie sur l'archipel est lié avec l'ouverture du pays au monde extérieur.

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Jeune femme à l'ombrelle dans un jinrikisha. Photographie de Kusakabe Kimbei (vers 1880)

À la toute fin de l’époque d’Edo (1603-1868), des photographes européens s’installent dans l’enclave de Yokohama et forment des Japonais à cette fabuleuse avancée technologique, mise au point en 1839 par le français Louis Daguerre.

Parmi les photographes étrangers, Felice Beato (1832-1909) fait figure de pionnier avec son approche artistique et commerciale de la photographie. Arrivé au Japon en 1863, il ouvrira son propre studio dans lequel officient photographes européens et Japonais, des artistes coloristes et des relieurs.

Ce modèle de studio, qui fit ensuite de nombreuses émules, permet à Beato de répondre à la demande particulière des européens et des américains, avides d’albums de photographies souvenirs de l’archipel.

Des albums souvenirs

Les photographies individuelles n’intéressent pas la clientèle étrangère. Seuls les albums offrant une grande variété de sujets et de scènes sont en mesure de répondre à leur curiosité. 

Dans ces recueils, se succèdent des photographies de lieux et monuments célèbres, de scènes de rue, de paysages, des portraits de jeunes filles, et des représentations des métiers typiques du Japon. Celles-ci sont coloriées au pinceau puis reliées entres elles pour créer ces albums.

En pleine vague du japonisme, la demande est forte pour ces recueils qui véhiculent une image exotique de l’archipel. Ils fixent à jamais les derniers vestiges d’un Japon féodal, bien que le pays ait déjà entamé une profonde mutation politique, sociale et technologique. Mais le touriste occidental n’en a que faire, il désire avant tout ramener de son périple dans ce pays nouvellement accessible l’image d’un Japon idéalisé.

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Album de types japonais par Felice Beato (1884)

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Danseuses de Kurasabe Kimbei

Les pionniers japonais

Pour permettre à ce Japon rêvé de perdurer, de nombreuses scènes sont reconstituées en studio. Et ces albums sont de magnifiques objets d'art, souvent laqués et ornés de nacre. Ils témoignent de la grande maîtrise des artisans officiant dans les studios de photographies

Ainsi, en 1896, Tamamura Kôzaburô (1856-1923) emploie plus d’une centaine de personnes dans son atelier de Yokohama et parvient à fournir 1 million de photographies pour le marché américain. Enfin comment ne pas citer Ueno Hikoma (1838-1904), 

considéré comme le père de la photographie japonaise et qui ouvrit son atelier dès 1862 à Nagasaki. Ou encore Kusakabe Kimbei (1841-1934), assistant, dans un premier temps, de Beato et qui réalisa des portraits et des compositions extrêmement populaires. Ces recueils seront en vogue en occident jusqu’à la fin du 19ème siècle.

Le tournant du 20ème siècle

Dans la première moitié du 20ème siècle, la photographie d’art et la photographie d’avant-garde prennent le pas sur les albums souvenirs. Le temps de la découverte est révolu.

Dans les années 1930, les travaux des photographes de la "nouvelle photographie" ou Shinko shashin, mouvement créé par Sen'ichi Kimura (1900 - 1938) témoignent de la recherche d’une nouvelle expression photographique. On ne fait alors plus seulement appel à la photographie simple. Les photographes ont recours à des techniques plus larges comme le photogramme, le photomontage et la photographie scientifique.

L’introduction tardive du 8ème art dans l’archipel n’a finalement, en rien, empêché son plein développement. Rappelons que les plus grandes sociétés de l’industrie photographique ont vu le jour au Japon : Nikon fut créé en 1917, Pentax et Olympus en 1919, Canon en 1933 et Fujifilm en 1934. Quant à la photographie japonaise, elle tient une place essentielle dans la création contemporaine. Hiroshi Sugimoto, Shômei Tōmatsu, Daidô Moriyama, Masahisa Fukase, Nobuyoshi Araki et Eikô Hosoe figurent parmi les plus grands photographes contemporains. Cette longue histoire d’amour ne semble pas prête de s’arrêter…

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