Komainu, les gardiens des temples   狛犬

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Les komainu, les gardiens des temples

Les komainu, les gardiens des temples

Deux chiens-lions pour protéger Bouddha

Qui n'a jamais entendu parler des Komainu ? Situées à l'entrée des lieux de culte, ces statues de chiens-lions sont emblématiques du paysage japonais. On les retrouve non seulement dans les temples bouddhistes, mais également dans quelques sanctuaires shinto pour protéger la divinité qui les accueille. Leur mission ? Refouler les mauvais esprits et préserver ainsi la tranquillité du lieu qu'elles surveillent ! Une fonction importante, que les Komainu auraient en réalité héritée des Shishi, leurs ancêtres venus de Chine…

Les descendants des Shishi

Apparus sous la dynastie Han (206 av. J.C- 220 ap. J.C) lorsque l'empire perse offrit un véritable lion à l'empire de Chine, les Shishi sont des statues de pierre modelées à l'image du roi des animaux.

Le Shishi, l'ancêtre du Komainu

Le Shishi, l'ancêtre du Komainu

L'empereur conquis par la force du félin perse, ce dernier décida en effet d'en faire des répliques de pierre à déposer devant les temples bouddhistes et les maisons des nobles en guise de protection. Les statues étaient alors installées par deux : la femelle à gauche de l'entrée tenant sous sa patte un lionceau pour symboliser l'éducation, et le mâle à droite muni d'un globe pour représenter le pouvoir politique, deux notions sur lesquelles l'empire du milieu basait sa toute-puissance à l'époque.


Les paires de Shishi ont ainsi prospéré en Chine pendant des décennies avant d'atteindre les côtes japonaises. Et ce n'est qu'au cours du Vè siècle que les statues de lion arriveront au pays du soleil-levant. Elles seront ensuite ré-adaptées au goût des Japonais pour donner naissance aux Komainu, ces gardiens mi-chien mi-lion.


Des statues protectrices mi-chien mi-lion

Bien que les gardiens japonais soient les descendants directs des Shishi, ils se différencient de leurs aînés sur bien des points.

Contrairement aux gardiens chinois qui sont faits de bronze ou de pierre, les statues japonaises sont sculptées dans un premier temps en bois. Une différence de fabrication qui fait qu'on ne les retrouve alors pas devant les temples, mais à l'intérieur de ces derniers pour qu'elles ne subissent pas les dommages des intempéries. Leur agencement y est également différent puisque les deux statues n'ont pas la même apparence : l'une d'elle représente un lion à corne, tandis que l'autre prend l'apparence d'un animal mi-chien mi-lion qu'on nomme "Komainu".

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Ce culte de la différence, les statues japonaises continueront de le cultiver au fil du temps. Et au XIVè siècle, les statues japonaises évoluent encore pour s'émanciper complètement du modèle du Shishi.

Elles sont désormais taillées dans la pierre, ce qui leur permet de retrouver leur place d'origine à l'entrée des lieux de culte, et elles deviennent plus harmonieuses en arborant un design unique : celui du Komainu.

La seule différence qui subsistera entre les deux gardiens ? Leur bouche !

Le Komainu devient le gardien privilégié des temples à partir du XIVe siècle

Le Komainu devient le gardien privilégié des temples à partir du XIVe siècle

En effet, le gardien de gauche a la bouche fermée tandis que son comparse de droite garde la bouche ouverte. Une différence qui s'explique en réalité dans la fonction accordée aux gardiens, puisque la première statue fermerait la bouche pour réaliser le son "um(qui désigne la mort en sanskrit) tandis que la deuxième la garderait ouverte pour prononcer le son "a" (qui renvoie au premier souffle de vie). Ensemble, ils formeraient ainsi le son "aum" qu'on retrouve également dans les chants monastiques lors de la lecture des sutras, et qui leur permettrait de protéger les lieux.

Une paire de Komainu

Une paire de Komainu

Inari et un de ses emblèmes: la faucille

Inari et un de ses emblèmes: la faucille

Vers des designs toujours plus originaux ?

À partir de l'époque Edo (1603-1868), certains sanctuaires shinto adoptent aussi les Komainu.

C'est le cas notamment des sanctuaires Inari, où les renards ont complètement remplacés les chiens-lions. 

Munis respectivement d'une balle et d'un sutra pour symboliser le monde et l'éducation comme leurs ancêtres les Shishi, les gardiens Inari prennent en effet la forme de la divinité qu'ils protègent. Un moyen astucieux de rendre hommage à la divinité des moissons, qui leur permet également de se démarquer des statues des temples bouddhistes.


En effet, la plupart des sanctuaires shinto munis de gardiens a fait dans l'originalité ! Et des tigres, aux chevaux, en passant par les sangliers, on peut trouver tout un tas de statues peu banales à l'entrée des torii. À l'image du sanctuaire Hie-jinja à Tokyo (Nagatacho) par exemple, qui a opté pour un animal peu commun pour un gardien : le singe !


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