L'art japonais du Butô   舞踏

Date de publication :
Représentation de buto

Représentation de buto

Représentation de buto hors scène

Représentation de buto hors scène

Danse buto de l'artiste Ken Mai

Danse buto de l'artiste Ken Mai

La danse japonaise du corps obscur

Née au Japon à la fin des années 1950, la danse butô exprime les souffrances et problématiques nouvelles dans la société de l’époque. Influencée par le bouddhisme et les croyances shintô, cette performance dansée fascine autant qu’elle interpelle.

Plus qu'une danse codifiée, le butô est un concept, une façon de percevoir le monde. Le corps lui-même est une œuvre d'art. Les attitudes, les traits se tordent mais ne jouent pas. Ils expriment des sentiments, des sensations que l'artiste vit sur scène. Impossible de rester indifférent. Qu'il soit irrité par l'étrangeté ou fasciné par le geste, le spectateur est saisi.

Un art japonais né de la détresse d’après-guerre

La scène est nue, les corps sont blancs. Les danseurs évoluent dans une presque obscurité avec une lenteur aérienne. Leurs muscles de marbre se crispent dans des douleurs muettes. Le butô est une danse proche de la performance artistique, révolutionnaire, transgressive. Créé au Japon à la fin des années 1950, il est l'art de la détresse d'un Japon brisé par la Seconde Guerre mondiale et le feu nucléaire.

Hijitaka Tatsumi (1928-1986), son fondateur, monte en 1959 la pièce Kinjiki, inspirée du roman éponyme de Yukio Mishima (1925-1970). Il collabore avec Ohno Kazuo (1906-2010), son co-fondateur historique qui se produira sur scène jusqu'aux dernières années de sa vie.

Le spectacle fait immédiatement scandale. Et pour cause, la relation charnelle de l'acteur Ohno Yoshito (fils de Kazuo) avec un gallinacé ne remporte pas tous les suffrages de l'assistance. Cette odeur de soufre ne quittera plus le butô, à la grande satisfaction de ses pères.

Une danse japonaise qui rejette les normes artistiques traditionnelles

Communiquer avec les esprits invisibles, faire appel aux forces de l'au-delà. Telle est l'ambition des créateurs du butô. Il s'agit de réveiller les forces cachées, tapies dans les profondeurs de la nuit, dans les profondeurs de l'âme humaine.

Cette inclusion de l'Homme dans la Nature révèle la forte influence du shintoïsme. Le crâne rasé des danseurs hommes (majoritaires), leur peau couverte de poudre blanche, leurs mouvements lymphatiques, les placent à la frontière& du minéral, du végétal et de l'animal.

Le butô est une danse qui rejette les formes du théâtre traditionnel japonais, que ce soit  le théâtre nô ou le kabuki. C'est la quête d'une identité perdue.

Une représentation de butô.

Une représentation de butô.

Les attitudes et les traits des acteurs se tordent mais ne jouent pas, exprimant des sentiments, des sensations que l'artiste vit sur scène.

Les attitudes et les traits des acteurs se tordent mais ne jouent pas, exprimant des sentiments, des sensations que l'artiste vit sur scène.

En 1945, Hijikata a 22 ans. La défaite puis  l'occupation du Japon par l’armée américaine plongent le pays dans une année zéro. 

Le danseur et chorégraphe Ikko Tamura, membre de la compagnie  Dairakudakan créée par Akaji Maro explique : "Je trouve que cette part de l'Histoire a vraiment contribué à la naissance de cette forme d'expression. Elle symbolise la défaite de notre pays et a remis en question la notion du "Grand Japon". Ce fut un changement violent. Le Japon a alors été confronté à un désastre monstrueux et fut obligé de changer de façon radicale ses valeurs. On s'est demandé ce qu'était le Japon finalement." 

La Première Guerre mondiale et sa folie sanglante jetèrent à bas la confiance dans le Progrès humain et donnèrent naissance au dadaïsme et au surréalisme. La Seconde Guerre mondiale et la plaie béante qu'elle laissa dans la foi en l'Homme génèrent une nouvelle fascination pour l'absurde chez les artistes du monde entier. La rationalité poussée jusqu'au vice ayant conduit à une inhumanité sans précédent, seul un retournement total des valeurs, une abolition des principes traditionnels pouvait encore permettre de revenir à l'Humain.

La scène japonaise d'après-guerre rappelle les univers d'Eugène Ionesco ou de Samuel Beckett, et partage avec eux la radicalité dans l'absurde. Elle remet en question la conception classique de la relation de l'Homme à son environnement.


Un art local à vocation universelle

Expression d'une angoisse existentielle, le butô cherche son salut dans un retour à l'union primitive de l'homme et de la Nature. Puisque le progrès scientifique et technique a conduit à la barbarie des bombardements nucléaires d'Hiroshima (6 août 1945) et de Nagasaki (9 août 1945), le retour à la terre en sera l'exutoire.

Le butô est proche de la performance artistique, révolutionnaire, transgressive que du théâtre classique.

Le butô est proche de la performance artistique, révolutionnaire, transgressive que du théâtre classique.

Le corps du danseur se fait prolongement de la terre. Après tout, le terme butô signifie "danse qui frappe le sol". Ainsi, Hijikata développa la technique du ganimata, littéralement "jambes courbées". Il s'agit de danser en sentant le poids de la boue qui enveloppe ses pieds, la pesanteur de la terre collée contre son corps.

"Les danseurs de butô cherchaient à savoir comment se tenir debout en tant que Japonais. Hijikata a grandi à Akita, une région de riziculture importante. Il s'est basé sur la sensation d'avoir deux jambes plantées dans la boue d'une rizière. Chaque personne a son propre vécu lié à l'endroit où elle a grandi. Quelque chose de local. On tentait donc de transformer ces particularités très locales en quelque chose d'universel.

Il existe autant de butô que de sensibilités, chaque danseur nourrit son art de sa propre expérience. Tout mouvement de la vie quotidienne peut devenir une forme de beauté, selon le regard et la conscience qui le perçoit. Le butô peut exister dans la façon de se tenir d’une vieille dame comme dans la gestuelle d’un cuisinier qui retourne ses brochettes de yakitori.


Où découvrir le Butô au Japon ? Les ateliers, écoles et scènes de butô

Les compagnies de danse butô sont moins connues au Japon qu'à l'étranger. Amagatsu Ushio et Ikeda Carlotta sont parmi les danseurs les plus célèbres en Occident. Amagatsu est le fondateur de la compagnie Sankai Juku qui participa au festival d'Avignon en 1981 avec la création Bakki ainsi qu'à la Biennale de danse de Lyon en 2012 avec le spectacle Umusuna.

L'université Keio à Tokyo dispose d'un fond documentaire riche en enregistrements des performances scéniques d'Hijitaka.

Le Butoh-kan:

Bien que depuis quelques années, le butô ait gagné en popularité dans son pays natal, il reste un art confidentiel. Il n’existe dans tout le Japon qu’un établissement consacré au butô : le Butoh-kan à Kyoto, qui a ouvert ses portes en 2016. 

Dans un ancien kura (une maison aux murs très épais servant d’entrepôt), on y donne des représentations dans un tout petit espace : pas plus de neuf personnes peuvent assister au spectacle, ce qui créé une intimité exceptionnelle entre les danseurs et leur public.

Adresse : Nakagyo-ku, Kyoto 604-8202
Accès : à  5 minutes de marche de la station de métro  Oike, sortie 6. Lignes  Karasuma  et  Tozai  ou à 10 minutes de marche de la gare Karasuma , sortie 22. Ligne de Kyoto de la compagnie Hankyu.
Site officiel : https://butohkan.jp/


Une performance de Buto dans les rues de Paris

Une performance de Buto dans les rues de Paris

Dans le butô, la scène est nue, les corps sont blancs. Les danseurs évoluent dans une presque obscurité avec une lenteur aérienne.

Dans le butô, la scène est nue, les corps sont blancs. Les danseurs évoluent dans une presque obscurité avec une lenteur aérienne.

Association de la danse contemporaine de Hokkaido

On trouve aussi à Hokkaido une association créée en 2011, l’Association de la danse contemporaine de Hokkaido, dédiée à la propagation du butô. Elle organise des spectacles et des ateliers de butô tout au long de l’année.


Kazuo Ohno Dance Studio

De même Ohno Yoshito continue à enseigner sa passion à des élèves venus du monde entier dans le studio de son père à Kamihoshikawa, dans la banlieue de Yokohama. L'occasion unique d'un voyage au bout du butô.

Les ateliers ont lieu le mardi de 20h00 à  21h30 et le dimanche de 13h00 à 14h30.

Adresse : 1-20-15 Kamihoshikawa, Hodogaya-ku, Yokohama, Kanagawa
Accès : à environ 10 minutes de marche de la gare Kamihoshikwa , ligne Sotetsu.
Site officiel : Kazuo Ohno Dance Studio


La compagnie Dairakudakan

La compagnie Dairakudakan organise des ateliers de plusieurs jours en été,  mais tout est en japonais.

Site officiel : http://dairakudakan.com/

Les commentaires Découvrez les commentaires de nos voyageurs