Mythes et légendes des plages japonaises   ビーチ神話

Date de publication :
urashima-taro

Urashima Taro entrant dans le monde des immortels. Estampe d'Hiroshige (vers 1849-1850)

ilot-lapin-hakuto

Voyez-vous le lapin allongé sur l'eau?

SekienNingyo

Ningyo de Toriyama Sekien (18ème siècle)

Frissons à la plage

Le Japon est un archipel constitué de millier d'îlots et presque autant de légendes, de créatures démoniaques et fantômes attenants ! Tenez vous le pour dit, les plages nippones ne sont pas toutes de petits havres de paix !

Si vous connaissez déjà le mythe du lapin blanc de la plage de Hakuto, le sable qui pleure les amants tragiques à Kotogahama ou bien encore la légende de l'ange à qui on subtilisa le manteau de plumes à Miho, découvrez de nouvelles histoires émouvantes, effrayantes et surprenantes dissimulées dans les eaux turquoises et le sable blanc des plages de l'archipel.

Urashima Taro

La légende du jeune pêcheur Urashima Taro est contée dans le Man'yoshu, un recueil de poèmes datant du Vè au IXè siècle. Elle fut par la suite traduite par le japonologue britannique Chamberlain dans sa série de « Contes de fées japonais » à la fin du XIXè siècle. Parti en mer, Urashima Taro sauve une tortue prise au piège par son hameçon car l'animal est consacré au Dieu Dragon de la Mer. Peu après cet épisode, la fille du dieu Dragon de la mer, vêtue de riches habits cramoisis et azur, se présente à lui. Son père l'envoie pour le remercier de sa grande bonté envers l'animal sacré. Si Urashima Taro le désire, il peut rejoindre le palais du Roi Dragon de la Mer où leur mariage sera célébré. Les futurs époux gagnent alors « l'île où l'été ne meurt point ».

Trois années durant, le bonheur est parfait. Cependant le jeune homme éprouve beaucoup de tristesse en pensant à sa famille qu'il quitta sans la moindre explication. Malgré des supplications pour le retenir, son épouse l'autorise à quitter le royaume pour faire ses adieux aux siens. Elle lui confie pour son voyage une petite boîte fermée par un cordon de soie ; lui expliquant qu'il ne doit en aucun cas l'ouvrir sous peine de ne plus pouvoir revenir. Urashima Taro quitte son épouse promettant de ne pas ouvrir la précieuse boîte. En arrivant sur ses anciennes terres, le pêcheur est troublé tant son village semble avoir changé. Il interroge un vieil homme qui lui apprend qu'Urashima Taro est mort en mer il y a de cela 400 ans ! Abasourdi par cette nouvelle, il se rend au cimetière où lui et sa famille reposent depuis des centaines d'années. Désemparé, il s'en retourne sur la plage et ouvre la boîte. Son âme, sous la forme d'une vapeur blanche et spectrale s'en échappe. Dans les minutes qui suivent, Urashima Taro s'évanouit en poussière.

Bakekujira

L'histoire du bakekujira ou baleine fantôme est racontée depuis des siècles par les marins et pêcheurs japonais. Cet animal fantomatique dont on ne voit que le squelette est bien souvent accompagné d'une myriade d’oiseaux et poissons étranges. Le bakekujira serait apparu dans la préfecture de Shimane au large de l'île d'Okino.

Une nuit de tempête, des pêcheurs, intrigués par la présence d'un cétacé d'une incroyable blancheur, prennent une embarcation pour s'en approcher. En arrivant tout près de l'animal nageant dans des eaux scintillantes, l'un d'eux lui envoie son harpon.

mizuki_shigeru_bakekujira

Illustration du bakekujira par Mizuki Shigeru

Mais celui-ci ne fait que le traverser. Les hommes constatent avec effroi que la baleine n'est qu'un squelette. Dépourvu de chair et de peau, l'immaculé bakekujira disparaît dans la nuit noire laissant les pêcheurs totalement effrayés.

En 1983, la réalité a rejoint la fiction lorsqu'un squelette intact de baleine fut observé au large des côtes d'Anamizu dans la préfecture d'Ishikawa.

Ningyo

La ningyo est une créature marine mythologique que l'on qualifie plus communément de sirène japonaise ou poisson humain. Les textes anciens la décrivent comme un être « à la bouche de singe avec de petites dents comme un poisson, des écailles dorées brillantes et une voix clame comme une alouette ou une flûte ». Selon la légende de Yao Bikuni, prêtresse bouddhiste de 800 ans, quiconque parviendrait à en manger obtiendrait beauté et jeunesse éternelle.

Un jour dans l'ancienne province de Wakasa, un pêcheur ramène dans ses filets un poisson étrange à tête humaine. Il invite ses amis à déguster le fruit de cette pêche plus qu'inhabituelle ; leur dissimulant qu'il s'agit d'une ningyo. Mais l'un deux le découvre et avertit juste à temps tous les autres convives. Personne n'en mange hormis la petite fille d'un pêcheur qui en avait ramené un morceau chez lui. Complètement ivre, il avait oublié de s'en débarrasser sur le chemin du retour. Quelques années plus tard, sa fille se marie et constate qu'elle ne vieillit plusÉternellement jeune, elle voit disparaître ses époux successifs. Mue par une grande tristesse, elle devient prêtresse et traverse tout le pays. À l'âge de 800 ans, elle revient dans sa province natale et met fin à ses jours.

Un autre volet du mythe des ningyo est utilisé par Hayao Miyazaki dans « Ponyo sur la falaise ». En effet, sa capture entrainerait de nombreux cataclysmes sur les hommes. Dans l'anime, Toki, l'une des résidentes de la maison de retraite, craint l'arrivée imminente d'un tsunami en apprenant que Sosuke a recueilli un poisson à visage humain.

Voir aussi : Le studio Ghibli

ponyo

L'anime Ponyo s'inspire du mythe des ningyo

Kyosai_Funayurei

Funayurei de Kawanabe Kyōsai (19ème siècle)

Funayūrei 

Les funayūrei sont les fantômes de personnes disparues en mer devenus des esprits vengeurs. Portés par une amère rancune envers les vivants, ils tentent de faire couler les bateaux en les remplissant d'eau à l'aide d'une louche en bambou, l'hishaku. Les funayūrei apparaissent surtout durant les nuits de mauvais temps lorsque les navires affrontent le vent, le brouillard et la pluie. Souvent décrits comme des formes spectrales blanches, ils peuvent aussi se présenter sous l'apparence de flammes ou d'umi-bozu. Dans cette variante, l'umi-bozu est un yôkai utilisant un tonneau pour inonder et entrainer les bateaux au fond de l'eau.

On raconte que dans les temps anciens certains vaisseaux naviguaient avec à leur bord des hishaku percés de trous pour empêcher les funayūrei d'accomplir leur funeste dessein et les éloigner.

À lire : Monstres et fantômes japonais

Utsuro bune

Le mythe de l'utsuro bune (littéralement le « vaisseau creux ») est une véritable légende urbaine qui a donné lieu à de multiples théories ; passionnant même jusqu'aux amateurs d'ufologie (études des OVNI) ! Plusieurs sources documentent cette étrange histoire survenue dans l'ancienne province d'Hitachi : le Toen shōsetsu de Kyokutei Bakin (1825), l’Hyōryū kishū (1835) et l’Ume-no-chiri de Nagahashi Matajirō (1844). Sur une plage de la côte est de l'archipel, un bien curieux bateau portant d'étranges inscriptions vient s'échouer le 22 février 1803. De ce vaisseau en bois aux larges fenêtres, sort une belle jeune femme aux cheveux rouges et blancs. S'exprimant dans une langue inconnue, celle-ci tient fermement entre ses mains une boîte rectangulaire. Les pêcheurs quelque peu effrayés la reconduisent à son bateau puis la regardent regagner le large.

Les habitants d'Hitachi diffusent cette histoire ; imaginant que cette femme est une princesse d'un lointain pays, bannie de son royaume suite à une liaison adultérine. Condamnée à errer en mer, elle transporterait dans un coffret la tête de son amant exécuté. Se basant sur les descriptions de l'époque, les historiens dans leurs récentes études ont conclu à la dérive d'un bateau occupé par une jeune femme provenant de Russie. L'arrivée d'une personne étrangère sur les côtes japonaises alors que l'archipel vit coupé du reste du monde depuis l'instauration du sakoku en 1641 a très certainement participé à l'important retentissement de la légende à travers les siècles. Néanmoins, certains préfèrent croire que la légende de l'utsuro bune relate une rencontre extraterrestre !

utsuro-bune

Illustration d'Utsuro-bune dans le livre Ume-no-chiri (1844) de Nagahashi Matajirou

umibozu

Umibozu. Estampe de Kuniyoshi

matsukaze-murasame

Matsukaze et Murasame. Estampe de Shunsho (vers 1775-1800)

SekienSazae-oni

Sazae oui dansant à la surface de l'eau

Matsukaze et Murasame

Les sœurs Matsukaze et Murasame sont les héroïnes d'une pièce de théâtre nô dont l'action se déroule sur une plage de la baie de Suma dans l'ancienne province de Settsu. Les deux femmes qui transportent la saumure pour faire le sel sont toutes deux amoureuses du même homme, le courtisan et poète Ariwa no Yukihira (818-893) en exil sur l'île de Suma. Le départ du poète après trois ans d'exil plonge Matsukaze et Murasame dans un profond désarroi. Ainsi abandonnées, les sœurs meurent de chagrin. Dès lors, leurs fantômes attendent sur la plage le retour promis du poète, chérissant son manteau et son chapeau. 

Sazae oni

Les sazae oni sont des créatures démoniaques de la mythologie japonaise. Ce yôkai monstrueux se présente sous la forme d'un mollusque coiffé d'une énorme coquille. À l'origine, il s'agirait de femmes de petite vertu jetées à la mer. Ces dernières se transformeraient alors en escargots de mer puis après de très longues années passées sous cette forme ; certaines d'entre elles deviendraient des sazae oni. Pouvant prendre une apparence humaine, elles se muent en belles jeunes femmes pour attirer et dévorer les marins et les aubergistes des établissements côtiers les nuits de pleine lune.

La plus célèbre légende à leur propos raconte comment une sazae oni, sous l'apparence d'une jeune femme, fut sauvée de la noyade au large de la péninsule de Kii par des pirates en mer. Durant la nuit, chaque pirate succombe aux plaisirs charnels avec la jeune femme. La sazae oni, fidèle à sa réputation démoniaque, n'oublie pas de couper les testicules de chacun au passage. Furieux, les pirates la remettent à l'eau où elle reprend sa véritable apparence, dansant à la surface des eaux tel un dragon. Passablement contrarié, le capitaine passe un accord avec le yôkai. Il lui offre tout son or pour récupérer les testicules ou kin tama en japonais (littéralement les boules dorées) de tout l'équipage. De l'or contre des « boules dorées », une transaction sur laquelle méditer !

Pour aller plus loin : 3 livres de légendes japonaise à lire

Les commentaires Découvrez les commentaires de nos voyageurs