Pirates et combattants de la mer intérieure de Seto   瀬戸内海の海賊と戦闘機

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Château Suigun

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Musée Suigun Murakami

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Miyajima, lieu d'une féroce bataille en 1555

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Oyamazumi jinja

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Sculpture de Tsuruhime dans la mer intérieure de Seto

Valeureux combattants

Démons, fantômes et esprits ; batailles historiques dantesques ; pirates et valeureux guerriers, mythes et folklore japonais... La mer intérieure de Seto est au cœur de nombreuses légendes, célèbres dans tout l'archipel. En quatre chapitres, Vivre le Japon vous fait découvrir ces histoires extraordinaires. Pour la troisième partie de ce voyage, explorons l'histoire des pirates Murakami et de Tsuruhime, l’onna-bugeisha qui ont sillonné la mer intérieure de Seto durant l’époque des provinces en guerre (1477-1573).

Les pirates Murakami

À partir du milieu du 14èmesiècle, l’archipel voit un clan, les Murakami, exercer une domination sans précédent sur la zone de Setouchi. Dénommés Murakami kaizoku ou pirates Murakami, ces derniers vont contrôler les eaux de la mer intérieure de Seto durant deux siècles. 

À la fin du 16èmesiècle, une ordonnance promulguée par Hideyoshi Toyotomi interdisant la piraterie mettra un terme à leur hégémonie. 

Bien loin du cliché, inscrit dans la mémoire collective, du pirate attaquant et pillant tous les navires ayant le malheur de croiser leur route, les pirates Murakami sont en réalité les combattants d’un clan naval armé et particulièrement puissant. Grands navigateurs, ils figurent parmi les rares personnes de l’époque à pouvoir affronter le tumulte des eaux de la mer de Seto. Cette compétence navale leur assure alors leur indépendance ; personne n’étant en mesure de les attaquer en mer. 

Les Murakami demeurent hors de tout contrôle même de celui des plus hautes autorités du pays. Mais bien loin de semer le chaos dans leur sillon, ces pirates maintiennent en réalité l’ordre et la sécurité en mer. Depuis leur base dans les îles Geiyo, ils assurent leurs revenus grâce à l’instauration d’un système de péage et de contrats de protection maritime. Moyennant finance, tout à chacun (seigneur, pêcheur, guerrier ou artisan) peut obtenir la protection des Murakami en mer de Seto. 


La bataille de Miyajima

En octobre 1555, le chef de guerre du clan Môri en conflit avec le clan Ôuchi s’offre les services des Murakami kaizoku lors de la bataille de Miyajima. Lors de la seule bataille que l’île sacrée n’ait jamais connue, les Murakami aident Môri Motonari à acheminer ses troupes jusqu’à Miyajima. Les bateaux des Murakami jettent l’ancre à proximité du torii du sanctuaire d’Itsukushima au cours d’un violent orage. 

Profitant de la très faible visibilité, les Môri débarquent en toute discrétion sur l’île et parviennent à avancer masqués. Cette tactique permet au clan Môri de livrer une attaque sur deux fronts distincts : en mer et sur terre. Plus de 4700 guerriers Ôuchi périssent lors de l’assaut du château de Miyao. 

Victorieux, Môri Motonari fera ordonner l’évacuation des corps et le lavage complet du site sacré allant jusqu’à faire retirer la terre souillée par le sang de ses adversaires.

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Bataille de Miyajima. Estampe d'Utagawa Sadahide

Le temple de Shiratakiyama

Encore aujourd’hui, il est possible de voir quelques vestiges laissés par les pirates Murakami. 

Ainsi sur l’île d’Innoshima, au sommet d’une colline surplombant la mer intérieure de Seto, se trouve le temple Shiratakiyama. Celui-ci aurait été fondé par le chef du kaizoku Murakami, Yoshimitsu Murakami. Dans ce temple qui servait aussi de poste de surveillance de par sa vue imprenable sur la mer, trônent tout au long du chemin d’accès les Gohyakurakan ou les statues de 500 disciples de Bouddha.


La forteresse devenue musée : Suigun-jô

Au cours du 15ème siècle, la puissance des pirates Murakami est telle qu’ils sont en mesure de faire édifier une forteresse sur l’île d’Innoshima. Disparu, le Suigun-jo renaitra de ses cendres en 1983 pour commémorer l’histoire du clan

Construit à l’emplacement de l’ancien château, le bâtiment de style moderne abrite un musée exposant les armes et les armures des Murakami. Il est également possible de visiter le temple du clan, le Koren-ji, situé au pied du Suigun-jo. À l’arrière du temple, les sépultures des Murakami rappellent leur grandeur passée. 

De plus, à Imabari, un musée est entièrement dédié à l’histoire de la force navale Murakami. Les collections rassemblent de nombreux artefacts issus de fouilles archéologiques menées dans la région ainsi que des vestiges des navires pirates.


Tsuruhime, la Jeanne d’Arc japonaise

Du conflit qui opposa le clan Ôuchi au clan Kono, originaire de la province d’Iyo, l’histoire japonaise a retenu un combattant hors-norme, passé depuis à la postérité. Une combattante pour être précis. Il s’agit de Tsuruhime, une onna bugeisha ou femme samouraï que l’on assimile bien volontiers à la Jeanne d’Arc nipponne dans l’archipel. 

Née en 1526, Tsuruhime est la fille du grand prêtre du Oyamazumi jinja, un sanctuaire shintô fondé en 594 sur l’île d’Omishima et dédié à Ôyamatsumi, dieu des montagnes, des océans et de la guerre. En 1541, la jeune fille voit son destin basculé. En l’espace de quelques mois, elle perd ses deux frères ainés dans la guerre qui oppose les Ôuchi et les Kônô depuis plusieurs années, puis son père qui décède de maladie. En juin de la même année lorsque le clan Ôuchi tente à nouveau d’envahir l’île d’Omishima, placée sous la juridiction du clan adverse, Tsuruhime, alors âgée de 15 ans, prend les armes pour tenter de protéger le sanctuaire familial

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Sculpture de Tsuruhime dans la mer intérieure de Seto

Formée aux arts martiaux par son père dès son plus jeune âge, l’onna bugeisha conduit les troupes Kono jusqu’à la victoire. Tsuruhime ne se présente désormais plus comme seulement la gardienne du temple Oyamazumi mais comme l’incarnation du dieu de la guerre, Ôyamatsumi. 

En octobre, elle repousse une seconde attaque des Ôuchi dans les eaux de la mer intérieure de Seto. Parée de son armure, elle dirige la flotte des Kono et attaque sans faillir les navires ennemis. En 1543, le clan Ôuchi envoie à nouveau des troupes pour tenter de rétablir leur suprématie dans cette zone de la mer intérieure de Seto. Mais lors de cette troisième bataille, son fiancé Yasunari Ochi meurt au combat. Jettant toutes ses forces dans la bataille, la jeune femme parvient à repousser à nouveau les Ôuchi hors d’Omishima. 

Cependant, une fois la bataille terminée, Tsuruhime ne supportant pas la perte de son bienaimé se précipite de désespoir dans les profondeurs de la mer intérieure de Seto. 

L’abondante littérature retraçant la vie de la combattante dont le roman Une femme et son armure : Jeanne d’Arc de la Mer intérieure de Seto de Yasukiyo Mishima (1966) lui prête pour derniers mots : "Avec l’océan Mishima en tant que témoin, mon amour est gravé à son nom".

Un lieu de pèlerinage

Le sanctuaire Oyamazumi qui était depuis sa création un lieu de pèlerinage pour tous les guerriers et samouraïs de l’archipel venus prier Ôyamatsumi pour la victoire, conserve un Trésor riche en surprises. 

Dans ce dernier sont exposées toutes les armes et armures déposées par les combattants en offrande au kami des lieux. Nombreuses sont les pièces portant encore les stigmates des violentes confrontations passées. Parmi ces reliques, figure l’armure de Tsuruhime, une pièce plus petite et étroite que les autres dont les plaques en métal sont maintenues ensemble par un fil bleu. 

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