Le tengu, le démon au long nez   天狗

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Tengû près de la gare de Kurama-dera

Deux statues de tengu

Tengu représenté" sous la forme d'un corbeau

Le gobelin japonais mi-homme mi-oiseau

Avec son visage cramoisi percé d’un immense nez et ses ailes collées au corps, le tengu est l’un des  personnages du folklore japonais les plus connus et les plus importants de la culture populaire japonaise.  Créature mythique, on peut néanmoins en rencontrer lors de certains festivals…Suivez-nous!

Qu’est-ce qu’un tengu?

On retrouve plusieurs mentions des tengu dans les premiers textes jamais écrits en japonais, tels que le Nihon Shoki (720). Mais il semblerait qu’il ait été représenté sur des peintures sur rouleaux japonaises dès le VIIème siècle

Il s’agissait alors d’une créature mythique possédant des caractéristiques humaines et canines, tel que son nom l’indique.  En effet, Tengu s'écrit avec le kanji 天 "ten" ("ciel"), et 狗 "gu" ("chien"), ce qui signifie littéralement "chien céleste". Ce "chien céleste" serait d’origine chinoise  mais au Japon, il aurait certainement été associé  à des démons  existant dans le folklore local, d’où les changements  successifs  dans son apparence.  

En effet, au fil des ans, le "chien céleste" devint un "homme-oiseau". Il fut alors figuré avec des ailes et un immense nez - de sept paumes de long selon le Nihon Shoki - nez qui serait une anthropomorphisation d'un bec originel. 

Son visage est en général rouge cramoisi, percé de gros yeux effrayants et parfois entouré de longs cheveux noirs ou blancs. Les tengu sont  généralement représentés avec le costume des yamabushi, les guerriers ascètes des montagnes, dont ils seraient les divinités tutélaires. 

Le trait saillant de ces esprits est leur grande fierté et leur vanité. D’où l’expression idiomatique en parlant de quelqu’un qui est devenu très prétentieux : "Tengu ni natta", littéralement "devenu(e) un tengu".

Masques de tengu

Des ermites yamabushi

Des ermites yamabushi

Moine aux prises avec un tengu

Tengu portant le chapeau des yamabushis

Tengu - Artisanat "Etchu-washi"

Tengu - Artisanat "Etchu-washi"

Tengu dans un festival

Tengu dans un festival

Des gobelins mi-dieux mi-démons

La tradition orale japonaise s’est enrichie peu à peu d’histoires dont les tengu étaient les héros et certains lettrés commencèrent à les classifier selon leur type, des daitengu (littéralement "grand tengu") les plus sages et les plus puissants, aux kotengu (littéralement "petit tengu"), les plus faibles mais aussi les plus ignorants, à l’aspect moins anthropomorphe et plus proche d’un oiseau. 

Ces créatures devinrent des personnages de plus en plus nombreux et complexes, aux nombreux pouvoirs, dont celui de voler. 

Les  tengu se distinguent des autres Yôkai, monstres et fantômes japonais par leur hostilité au bouddhisme. Ils étaient à l’origine des esprits de la religion shinto et nombreuses sont les légendes où ils attaquent ou enlèvent les moines, détournent les humains de leur foi bouddhiste ou encore volent dans les temples. 

Certaines traditions font des tengu les esprits réincarnés de prêtres en colère ou hérétiques. Au Moyen Âge, des histoires narrent les aventures des tengu aux prises avec la famille impériale, comme celle où l'empereur Sanjô fut rendu aveugle par l'un d'eux.

Minamoto no Yoshitsune et son compagnon d'arme Benkei

Les tengu sont aussi connus pour leur maîtrise des arts martiaux.  Selon la légende, le samurai légendaire Minamoto no Yoshitsune aurait été entraîné par le "roi des tengu", Sojobo. Entraînement qui lui aurait permis de vaincre le moine Benkei sur le pont de Goto. Dans la même veine, un sabreur aussi émérite que Miyamoto Musashi fut surnommé le "petit tengu" !

Avec le temps, les pouvoirs maléfiques des tengu furent atténués et à partir du XVIIIème siècle, certains d'entre eux sont considérés comme de bons esprits, qui protègent les temples bouddhistes et peuplent les montagnes sur lesquelles ils veillent.

Où rencontrer des tengu ?

Aujourd’hui, on  pense qu’ils écoutent les vœux des humains, qu’ils portent  chance et favorisent la prospérité dans les affaires. Ils auraient aussi la capacité d’effrayer et combattre les mauvais esprits et sont donc les bienvenus dans les fêtes shintô et certaines personnes leur vouent même un culte. Ils sont également très présents, bons ou mauvais, dans les manga, les animé et les jeux vidéo

Voici quelques endroits où aurez la chance d’en côtoyer :

  • Dans le quartier Shimokitazawa, un festival leur est consacré toutes les années au début février, juste avant le Setsubun, la fête du printemps. Lors de la parade de Tenkaichi Tengu, un tengu défile dans les rues commerçantes du quartier tout en lançant des haricots censés porter bonheur.  Il est suivi par d’immenses chars décorés de masques de tengu.

  • Chaque année, du 3 au 5 août, lors du plus grand festival de la ville de Numata (dans la préfecture de Gunma), deux immenses masques de tengu, sont paradés à travers les rues de la cité. 
  • Seules les femmes ont le droit de porter les tengu, afin d’apporter chance et bonheur à leur famille et d’avoir des accouchements faciles, dit-on. Ce festival est dédié au tengu de la montagne Kashouzan près de Numata. C’est un événement très populaire qui attire des milliers de visiteurs.

Mikoshi (autel portatif) d'un tengu

  • La ville de Furubira à Hokkaido organise deux festivals, l’un en été et l’autre à l’automne, dédié aux tengu. la fin de ces deux festivals, les tengu marchent sur le feu.
  • A Osaka, chaque année  à la mi-octobre et cela depuis l’époque Edo (1603-1868), la légende veut que les femmes qui sont touchées par les tengu lors du festival qui leur est dédié auront de bons enfants qui grandiront sans problème.


Outre ces festivals,  il existe divers cultes consacrés à différents tengu à travers l’archipel. Leurs adorateurs se retrouvent dans les montagnes où ils sont censés habiter et leur font des offrandes et des prières.

  • Parmi les plus célèbres sont le culte de tengu Saburô du mont Izuna ( à 10 km au nord-nord-ouest du centre de la ville de Nagano). Tengu Saburô est considéré comme un gongen (une figure syncrétique japonaise correspondant à la fois à un kami , déité shintô, et à la manifestation d'un Bouddha).
  • Tengu Jirôbô est vénéré dans les montagnes de Hira, à l’ouest du lac de Biwa.
  • Tengu Sôjôbô est quant à lui vénéré au mont Kurama (au nord de Kyoto), son lieu de résidence, et on dit qu’il aurait la force de 10000 tengu à lui seul.

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