Ukiyo-e, les estampes japonaises   浮世絵

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La célèbre Grande vague de Kanagawa de Hokusai Katsushika, issue des 36 bues du Mont Fuji, est l'illustration parfaite de l’ukiyo-e, ou l'image d’un monde éphémère et flottant.

La célèbre Grande vague de Kanagawa de Hokusai Katsushika, issue des 36 vues du Mont Fuji

Neige du soir, réalisée par Hirosige Andô, 15 ème station des Cinquante-trois Stations du Tōkaidō.

Neige du soir, réalisée par Hirosige Andô, 15 ème station des Cinquante-trois Stations du Tōkaidō.

Deux jeunes filles, de Harunobu Suzuki, réalisé vers 1750.

Deux jeunes filles, de Harunobu Suzuki, réalisé vers 1750.

Estampe de la série des Tsuki hyakushi ("100 aspect de la lune") de Taiso Yoshitoshi, 1885.

Estampe de la série des Tsuki hyakushi ("100 aspect de la lune") de Taiso Yoshitoshi, 1885.

Tout s'avoir sur l'Ukiyo-e, l'art japonais de l'estampe

L'ukiyo-e est un mouvement artistique ayant vécu son apogée durant l'époque d'Edo (1603 - 1868). Très marqué par l'estampe qui en est le principal représentant, cet art destiné à la bourgeoisie est marqué par des thèmes de la vie de tous les jours à cette époque.

Qu'est-ce que l'ukiyo-e ?

En soi, l'au sens propre du terme n'est à la base pas une technique mais bien un mouvement, puisqu'il intègre à la fois la peinture et l'estampe. Il existe donc des oeuvres ukiyo-e qui ne sont pas des estampes, et des estampes qui n'appartiennent pas à l'ukiyo-e. Cependant, en parlant d'ukiyo-e, on traitera surtout d'estampes puisque la grande majorité des œuvres en sont.

Ukiyo-e signifie "image du monde flottant", ce qui transcrit bien les sujets de prédilection de l'ukiyo-e : des scènes éphémères du monde vivant, mais aussi de la vie quotidienne. Il est plus simple d'interpréter ce terme, pour mieux comprendre l'ukiyo-e, par "la vie telle qu'elle se passe sous nos yeux".

Ce terme illustre ainsi à la fois la notion d'impermanence bouddhique, tout autant que l'insouciance d'une société en pleine mutation.


La technique de l'estampe japonaise

Si La grande vague de Kanogawa de HOKUSAI Katsushika (1760-1849) n'est plus à présenter, il ne faut pas oublier qu'une estampe ukiyo-e n'est jamais le fruit d'un seul homme, car elle demande la réalisation de plusieurs étapes, chacune relevant de savoir-faire divers.

Tout commence avec l'artiste, le dessinateur, celui dont le nom figure sur l'impression finale, et qui réalise un dessin à l'encre de chine sur une feuille de papier, appelé le shita-e.

C'est ensuite au graveur de prendre le relais : sur une planche de bois qui deviendra la matrice, il applique la feuille portant le dessin de l’œuvre, et creuse les zones dépourvues de motifs (les zones blanches) pour qu'apparaisse le sujet. Le dessin original est donc partiellement détruit dans le processus.

Enfin, l'imprimeur armé de sa dextérité passe de l'encre sur le bloc de bois et presse la feuille pour que naisse l'estampe. Plusieurs copies peuvent ainsi être réalisées. Pour appliquer les couleurs, il utilise ensuite différentes planches de bois, comportant chacune en relief la zone à colorer. Cette zone en relief est encrée avec la couleur voulue, puis appliquée sur la feuille où le dessin a été copié. Les couleurs y sont déposées les unes après les autres par frottage.


Ukiyo-e, les images du peuple

C'est durant l'époque d'Edo (1603-1868) que cet art connut son âge d'or. Tout d'abord uniquement en noir et blanc, l'artiste HARUNOBU Suzuki (1725-1770) contribua, en 1765, au développement de la technique dite nishiki-e, permettant des impressions polychromes. Dès lors, l'expression par l'impression ne connaît plus de limite.

Art populaire représentatif de la classe des marchands petits bourgeois, les thématiques des gravures sont très variées et restent proches des préoccupations du « petit peuple » : portraits d'acteurs de théâtre kabuki et de pour diffuser la popularité de ces souverains des planches, portraits de courtisanes pour amoureux transis ou pour femmes désirant se tenir au courant des dernières modes vestimentaires, portraits de sumotori, scènes de genres...

Les estampes avaient avant tout un rôle social très important au sein de la classe moyenne d'Edo.

L'un des genres les plus surprenants fut sans doute les shunga, littéralement « images de printemps ». Ces impressions pornographiques rencontraient un succès fou dans les rues des grandes villes, où elles étaient vendues sous le kimono après que le shogûnat des Tokugawa les a interdites. Mais l'importance sociale de ces œuvres censurées n'est pas à négliger. Très proche du milieu des courtisanes, UTAMARO Kitagawa (1753-1806) excellait dans ce domaine.


Tōshūsai Sharaku, L'acteur de kabuki Ōtani Oniji III, 1794, MET New York

Kitagawa Utamaro

Kitagawa Utamaro, Trois beautés de notre temps, 1793

Hiroshige, Le pont Ōhashi à Atake, 1857

Les estampes d'Hokusai et Hiroshige, un art qui voyage

Deux artistes achevèrent de donner leurs lettres de noblesse aux gravures : HOKUSAI Katsushika (1760-1849) et HIROSHIGE Ando (1797-1858). S’intéressant plus particulièrement aux paysages (urbains ou naturels), leurs séries d'estampes représentant des lieux célèbres rencontrèrent des succès phénoménaux, au Japon comme en Occident.

Suivre HIROSHIGE à travers Les cinquante-trois étapes de la route du Tôkaidô permet de découvrir le pays à travers ses paysages pittoresques et les Trente-six vues du mont Fuji de HOKUSAI montrent un haut degré de maîtrise de la composition picturale. La perspective occidentale est introduite dans ces estampes représentant le Mont Fuji, au nombre de 46 (et non pas 36 !). Ces œuvres marquent un tournant puisqu'elles ont élevés le paysage au rang de sujet à part entière dans l'art nippon.

Hokusai

Hokusai, Le Fuji par temps clair, 36 vues du Mont Fuji, 1831-1833

Hiroshige

Hiroshige, Mishima, Cinquante-trois Stations du Tōkaidō, 1833-34

L'ukiyo-e a également eu une grande influence sur l'art occidental, et des maitres tels que Van Gogh et Monet, pères de l'art moderne, se sont inspirés de ces estampes pour leur travail.

Rapidement concurrencé par l'arrivée de la photographie au début de l'ère Meiji (1868-1912), les estampes entamèrent un lent déclin. Mais si les noms de quelques artistes passèrent à la postérité, les graveurs – au talent incroyable – furent quant à eux oubliés.

Les estampes japonaises peuvent être admirées dans de nombreux musées au Japon, notamment au Musée National de Tokyo, au Musée Sumida Hokusai, au Musée Fujisawa d'ukiyo-e, ou encore au Musée japonais de l'ukiyo-e à Matsumoto (Nagano).

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