Urushi, la laque japonaise   漆

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La sève coule des incisions de l'écorce de l'arbre à laque

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Ecritoire ou suzuki-bako de l'époque d'Edo conservé au Musée National de Tokyo.

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Palanquin au décor de laque maki-e conservé et présenté au Musée Edo-Tokyo.

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Boîte à thé avec décor de tortue du 19ème siècle conservé au Metmuseum de New-York

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Inrô à quatre compartiments. Laque sur bois, XIXe siècle.

Luxe, laque et volupté

"Les Japonais excellent au plus haut point dans cet art, car ils sont extrêmement habiles pour donner à un objet en laque l'apparence d'être fait en ivoire brillant" 

Joao Rodrigues, missionnaire jésuite portugais du XVIe siècle

Objet en laque de la ville de Wajima

Objet en laque de la ville de Wajima

Une matière première coûteuse

L'urushi (laque) est la sève du Rhus vernicifera, dit "arbre à laque", présent en Extrême-Orient et en Asie du Sud-Est. S'écoulant des incisions pratiquées dans l'écorce, la laque brute est un suc visqueux blanc-grisâtre. Ce n'est qu'après une série d'opérations (filtrage, homogénéisation et déshydratation) que celle-ci devient transparente et peut être teintée en noir, rouge, jaune, vert ou brun. Une fois travaillée, elle est séchée dans des conditions très précises : une température entre 25 et 30° C et un taux d'humidité compris entre 75 à 80%. Sa récolte et son traitement extrêmement technique font de l'urushi une matière première très coûteuse.

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Armure japonaise du 18ème siècle avec des motifs décoratifs en laque

Un usage ancien

La technique de l'urushi est utilisée au Japon dès l'époque protohistorique, vers 5 000 avant J.-C., pour protéger et imperméabiliser des outils et ustensiles en bois ou en terre cuite. Toutefois au IXe siècle, on distingue deux usages distincts : d'une part, la laque sert à protéger et décorer des objets d'un autre matériau (bois, métal...) et d'autre part, elle est employée pour créer des objets propres, pourvus d'une fine armature de bois, de tissu ou de cuir. Ces derniers nécessitent plus d'une trentaine d'opérations pour leur fabrication, ainsi qu'une très grande minutie ! De par sa qualité protectrice, l'urushi constitue le revêtement idéal des meubles et de la vaisselle. La laque présente également l'avantage d'isoler de la chaleur et de protéger les aliments. Mais au-delà de cette grande praticité, la laque est un matériau offrant de très nombreuses possibilités décoratives et acquiert dans ce domaine ses lettres de noblesse.


Lire : Le musée des laques Shunkei à Takayama


Une pincée de poudre d'or

Une technique décorative, offrant de nombreuses possibilités de décor, se diffuse rapidement à partir du VIIIe siècle le maki-e. Elle consiste en l'application de fines particules d'or et d'argent, l'incrustation de nacre (raden) ou d'étain et la vaporisation de paillettes d'or, d'argent ou de cuivre sur la laque encore humide. Ces laques de très haute qualité sont d'une beauté exceptionnelle. Leur renommée est telle que depuis la seconde moitié du XVIe siècle, des pièces sont exportées en Europe par les commerçants portugais de Nagasaki. Des laques japonaises sont ainsi mentionnées dans l'inventaire des collections de François 1er en 1560 ! Deux siècles plus tard, la reine Marie-Antoinette constitue une remarquable collection et fait aménager en 1781, dans son cabinet doré à Versailles, une "cage aux laques" par l'ébéniste Jean-Henri Riesener, destiné à abriter ses précieuses laques japonaises.

Toujours plus de laques

Grâce aux transformations sociales de l'ère Edo (1603-1868), les laques deviennent accessibles à tous ; mêmes aux classes sociales les plus basses. Dès lors, l'usage de l'urushi n'est plus l'apanage des élites religieuses ou guerrières. La création de nouveaux centres de production partout dans l'archipel et par conséquent d'une plus grande variété d'objets finit d'achever cette démocratisation. Dans les intérieurs nippons de l'époque fleurissent les boîtes à encens, boîtes à documents, écritoires, nécessaires à fumer, inrô, etc. Parallèlement aux objets de la vie quotidienne, la laque continue d'orner des meubles prestigieux et des accessoires guerriers comme les armures, les casques, les masques, les fourreaux, les jambières et les protège-bras.

Quelques adresses utiles

Pour admirer des laques japonais, vous pouvez vous rendre dans les grands musées nationaux. Le Musée National de Tokyo et le Musée National de Kyoto conservent de merveilleuses pièces. L'archipel abrite également quelques musées entièrement dédié à l'urushi. Si vous souhaitez en apprendre davantage sur cet art si subtil, nous vous conseillons de visiter le Musée des laques Shunkei à Takayama ou le Urushi Museum de Nikkô

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La laque est si brillante que ce chat est effrayé par son propre reflet! Estampe surimono de Yashima Gakutei, vers 1820-1830 

À découvrir L'artisanat d'Hiroshima

Enfin, le musée de la laque Wajima Urushi Art Museum ou encore le Wajima Shikki Kaikan témoignent de la grande qualité des laques produites à Wajima depuis la seconde moitié de l'époque d'Edo. Si vous souhaitez acheter des boîtes, des bols ou des bento laqués il est bon de connaître les célèbres boutiques de la capitale : Kuroeya à Nihonbashi et Heiando (quatre boutiques), fournisseur officiel de laques pour la Palais Impérial depuis 1919.

Vous vous sentez l'âme d'un artiste ? Deux ateliers à Kanazawa propose des ateliers d'initiation et apprentissage de la technique du maki-e : l'atelier Nosaku et la Galerie Kyoka. Durant 60 ou 90 minutes, vous expérimenterez la technique et laisserez libre court à votre esprit créatif !

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