L'époque d'Edo (1603-1868)   江戸時代

Date de publication :
Carte d'Edo en 1840

Carte d'Edo à la veille de l'époque Meiji avec au centre le château d'Edo et le quartier de Marunouchi.

Le chateau d'Edo à l'époque des Tokugawa

Le chateau d'Edo à l'époque des Tokugawa, peinture sur paravent.

La Porte Otemon

La porte Otemon est l'une des seules traces du château d'Edo et le lieu du célèbre assassinat de Naosuke Ii.

magasins- surugacho-edo-hokusai

Vue du magasin Echigoya Mitsui dans la rue Suruga à Edo (vers 1829-1833). Les « Trente-six vues du mont Fuji », 21e vue. Hokusai Katsushika

L'époque de domination du shogunat Tokugawa

250 ans de paix grâce à un régime politique fort, un développement urbain sans précédent, une culture florissante et des arts d'un raffinement exceptionnel ; c’est ce que l’époque d’Edo (1603-1868) a offert à l’archipel.

L’arrivée au pouvoir du clan Tokugawa

Deux ans après la mort d’Hideyoshi Toyotomi (1537-1598), Premier Ministre et grand unificateur du pays durant l'époque Sengoku (1450-1573) ou "époque des provinces en guerre", le Conseil de Régence mis en place pour exercer le pouvoir au nom du jeune héritier Hideyori Toyotomi (1593-1615) vole en éclat. Les querelles intestines au sein du Conseil aboutissent à un véritable conflit ouvert entre le clan Ishida, partisan du fils d’Hideyoshi et le clan Tokugawa dirigé par Ieyasu Tokugawa (1543-1616) qui désire ardemment étendre sa domination à l’ensemble de l’archipel.

La victoire du clan Tokugawa à la bataille de Sekigahara les 20 et 21 octobre 1600 marque un tournant majeur dans l’histoire de l’archipel. Surnommée Tenka wakeme no kassen ou "la bataille qui décida de l'avenir du pays", celle-ci est d’ailleurs bien souvent considérée comme le début non officiel du shogunat Tokugawa. Néanmoins ce n’est que trois ans plus tard que Ieyasu Tokugawa reçoit des mains de l’empereur le titre de shogun et instaure un gouvernement militaire, le bakufu d'Edo.

Par d’habiles manœuvres politiques, le recours aux alliances matrimoniales avec la famille impériale et la transmission héréditaire du pouvoir shogunal, Ieyasu Tokugawa parviendra à asseoir son pouvoir et à maintenir sa lignée à la tête du pays durant plus de 250 ans.

Tokugawa Ieyasu

Portrait de Tokugawa Ieyasu.

Un pouvoir centralisé à Tokyo

En 1603, le siège du gouvernement est installé à Edo (actuel Tokyo) faisant de cet ancien petit village de pêcheurs la capitale shogunale et le centre du pouvoir politique et cela, même si Kyoto demeure la capitale impériale jusqu’en 1868. 

À partir de 1615, le shogun parvient à monopoliser l'ensemble des pouvoirs et sphères d’influence grâce à la promulgation d’un code en 17 articles consignant l'empereur à un unique rôle spirituel et culturel. Le shogun est désormais le seul à gérer les affaires du pays. 

Pour consolider un peu plus son pouvoir et juguler la puissance des daimyos, les grands seigneurs des domaines provinciaux, le shogunat exerce un contrôle particulièrement strict à leur encontre par la sankin kôtai. Entré en vigueur en 1635, ce système contraint les daimyos à une résidence alternée d’une année sur deux entre Edo où est installée leur famille et leurs fiefs. Les coûts engendrés par la sankin kôtai (déplacements, frais d’entretien de la double résidence), à la charge des seigneurs, ont ainsi raison d'éventuelles velléités belliqueuses. 

Par ailleurs, le maintien d'un ordre stable dans tout le pays passe également par une refonte sociale. Le gouvernement divise la population en quatre classes sociales rigides : les guerriers "bushi" (shogun, daimyos et samouraïs), les paysans "nômin", les artisans "kôgyô" et les marchands "chônin". Le reste de la population échappe à cette codification, mais pas au contrôle shogunal.

Théâtre Kabuki (1743). Estampe de Okumura Masanobu

Théâtre Kabuki (1743). Estampe de Okumura Masanobu

Arrivée des bateaux du Commodore Perry

Arrivée des bateaux du Commodore Perry en 1854

Le Yoshiwara. Quartier des plaisirs à Edo.

Le Yoshiwara. Quartier des plaisirs à Edo. Série des Vues célèbres d'Edo (1662-1668) d'Hiroshige II (1826-1869)

Le sakoku : la fermeture du pays

Désireux de ne pas subir d'influence occidentale et de contrôler le commerce, le shogunat Tokugawa va progressivement faire appliquer une série de mesures isolationnistes : l’expulsion des missionnaires chrétiens suite à l’interdiction du christianisme sur le territoire nippon en 1614, l’interdiction d'entrer ou de quitter le pays pour les Japonais, l’expulsion des résidents et marchands étrangers, la fermeture des ports aux navires non japonais. 

Ainsi, en 1638, la communauté portugaise sera tout d’abord déplacée sur l'îlot de Deshima près de Nagasaki puis expulsée l'année suivante. Les Hollandais seront eux-aussi confinés à Deshima en 1641 ; date à laquelle la claustration nippone est complète. Il ne subsiste dès lors que les comptoirs commerciaux de la Compagnie des Indes néerlandaise à Deshima et des quelques commerçants chinois à Nagasaki. 

Cette politique isolationniste menée par le shogunat est nommée sakoku, littéralement "pays cadenassé". 

Au début du 19ème siècle, les tentatives des grandes nations occidentales pour rompre cet isolement sont nombreuses. La pression du Commodore américain Matthew C. Perry, arrivé en 1853, aura raison du sakoku. L'année suivante, le Japon ouvre ses frontières aux Etats-Unis puis au reste du monde en 1858. L’ouverture du pays favorisera l’abdication du dernier shogun et la restauration du pourvoir impérial, qui ouvre l'ère Meiji (1868-1912).

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Vue du magasin Echigoya Mitsui dans la rue Suruga à Edo (vers 1829-1833). Les « Trente-six vues du mont Fuji », 21e vue. Hokusai Katsushika

L’essor d’Edo

Le nouveau régime politique et administratif de l’archipel vient complètement modifier le destin d’une ville : Edo. 

Autour de la forteresse achevée en 1636, émerge une grande et nouvelle ville. Des maisons, des boutiques, des temples, des théâtres, des maisons de thé et des maisons de plaisir apparaissent en nombre. En ces temps de paix dans l’archipel, la population d’Edo s’accroit rapidement. La classe marchande et bourgeoise profite pleinement de cet essor urbain et s’enrichit grandement. 

En quelques années, une toute nouvelle culture urbaine et bourgeoise, portée par des chônin (marchands et citadins) en quête perpétuelle de divertissement et de plaisir, se fait jour. Celle-ci prend sa source dans le concept d’ukiyo ou "monde flottant" consigné en 1665 par l’écrivain Asai Ryôi (1612 - 1691) dans son ouvrage Contes du monde flottant (Ukiyo monogatari) : "[…] vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d’érable […], ne pas se laisser abattre par la pauvreté et ne pas la laisser transparaître sur son visage, mais dériver comme une calebasse sur la rivière, c’est ce qui s’appelle ukiyo".


Les arts de l’époque d’Edo

Sous l’égide de cette philosophie de vie, l’époque d’Edo voit naître des arts d'un raffinement exceptionnel (peinture, ukiyo-e, céramique, laque, sculpture, armes et armures) et des divertissements extrêmement populaires

Le kabuki joué pour la première fois par Izumo no Okuni en 1603 sur une scène de fortune installée dans le lit asséché de la rivière Kamo à Kyoto devient très vite à la mode à travers tout l’archipel. Les citadins d’Edo se pressent dans les nombreux théâtres de la capitale. Ils y trouvent amusement et délassement tout comme dans les maisons de thés, les restaurants et les maisons de plaisir du quartier réservé, le Shin-Yoshiwara. 

Les acteurs et les pièces de kabuki, les courtisanes, les belles jeunes femmes, les vues célèbres d’Edo, le Mont Fuji ainsi que les mœurs et les modes de la nouvelle classe bourgeoise d'Edo sont les sujets de prédilection des estampes ukiyo-e ; l’art emblématique de l’époque d’Edo. Cet art de la gravure sur bois polychrome connait son âge d’or entre la fin du 18ème et le début du 19ème siècle grâce aux deux grands maîtres incontestés que sont Hokusai et Hiroshige

Quant à la littérature de l’époque d’Edo, celle-ci est marquée par la poésie subtile de Matsuo Bashô (1644-1694) ; grand maître classique du haiku.

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