Yubari, la cité abandonnée   夕張市

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Un train délabré

Un train délabré

Friche au milieu des érables

Friche au milieu des érables

Une ville en faillite

Autrefois grande ville minière, Yubari a souffert de la transition énergétique et a perdu 90% de sa population en 50 ans. Retour sur le destin tragique d'une ville au coeur d'Hokkaido.

La chute

Ancienne capitale du charbon, Yubari n'est plus la cité florissante de 120 000 personnes qu'elle a pu être dans les années 1960. En 2018, on ne compte plus que 8 000 habitants dans cette ville fantôme du grand nord japonais. De nombreux facteurs ont provoqué cette désertion.

Évidemment, le changement dans la production des énergies a entraîné la fermeture des mines qui employaient la majorité de la population active des environs. Mais la ville de Yubari a réagi en se tournant vers le secteur des loisirs afin de dynamiser la région, aidée par les subventions de l'État. Cependant, ces initiatives ont été vaines et la ville fut forcée de déclarer faillite en 2007, après avoir perdu 90% de ses habitants.

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Habitations abandonnées

Habitations abandonnées

La fuite des habitants fut précipitée par plusieurs événements tragiques. Tout d'abord une explosion de méthane dans une mine a fait 93 victimes en 1981 et a provoqué la clôture du site. Quelques années plus tard, une seconde explosion tua 62 personnes dans une des dernières exploitations minières qui représentaient une lueur d'espoir pour Yubari. Sa fermeture en 1990 a scellé le destin des habitants.

Enfin, un autre phénomène qui inquiète le gouvernement depuis une dizaine d'années n'a pas épargné Yubari : la baisse générale du nombre de Japonais due au vieillissement de la population et à un taux de natalité très faible. D'ici 2020, il y aura plus d'habitants de plus de 80 ans à Yubari que de personnes de moins de 40 ans. La banqueroute a également déclenché un plan budgétaire afin de limiter les dépenses de la ville face à ses dettes impressionnantes. Ainsi les fonctionnaires et officiels municipaux ont des salaires nettement inférieurs à la moyenne nationale. Difficile donc d'attirer de nouveaux habitants dans ces conditions.

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Friche à Yubari

Friche à Yubari

Les bâtiments sont laissés à l'abandon

Les bâtiments sont laissés à l'abandon

Usine en pleine nature

Usine en pleine nature

Garder la tête hors de l'eau

Sachant que ses industries allaient fermer sous peu, la ville a lancé la construction d'un parc d'attractions sur l'univers des mines de charbon afin d'attirer les visiteurs à la fin des années 1970. Même si le parc a survécu un temps grâce au soutien financier de la ville, ce ne fut pas suffisant et les manèges furent laissés à l'abandon il y a une dizaine d'années.

Annulé en 2007 suite à la banqueroute, la ville organise chaque année depuis 1990 un festival du film fantastique afin de revitaliser l'économie locale. Quentin Tarantino, mécène de l'événement, a même apporté son soutien à la ville en nommant l'un des personnages de "Kill Bill" Gogo Yubari ! Mais la dimension internationale du festival a été abandonnée par manque de moyens.

De nombreuses maisons de mineurs ont été rasées et la nature a repris ses droits. Ainsi les collines sont redevenues verdoyantes et on aurait presque du mal à imaginer qu'elles ont été couvertes de suie durant des décennies. Une ancienne école abandonnée fut transformée en "académie de la nature" où les enfants peuvent venir faire du kayak et capturer des coléoptères. Les cerfs shika ont également fait leur apparition dans la ville et se baladent dans les rues désertées par les humains...

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Serres de melons à Yubari

Serres de melons à Yubari

L'office de tourisme de la gare de Yubari

L'office de tourisme de la gare de Yubari

La démesure

Yubari est surtout connue pour ses melons, protégés par un label au même titre que le boeuf de Kobe. Dans l'usage en France, nous ramenons une bonne bouteille de vin. Mais au Japon, il est très courant d'offrir un fruit de luxe tel que le melon de Yubari. Pour qu'un spécimen soit considéré de qualité, il doit être parfaitement sphérique et avoir une peau bien lisse.

Chaque année, une vente aux enchères donne de la visibilité à l'ancienne ville minière en atteignant un montant toujours plus démentiel. En 2018, une paire de melons fut vendue pour la somme record de 3,2 millions de yens, soit près de 25 000 euros !

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Le melon est devenu l'image de la ville, ainsi on le retrouve sur les panneaux de signalisation, les affiches touristiques mais surtout, la mascotte (non-officielle mais très populaire) de la ville est un ours avec la tête dans un melon. D'ailleurs, loin des mascottes adorables comme Kumamon (un autre ours qui représente la ville de Kumamoto), Meron Kuma a pour passe-temps de terroriser les enfants. C'est avec cette technique que l'animal-fruit a gagné en popularité et à aidé la ville de Yubari à gagner en visibilité.

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Melon Kuma

Mascotte Melon Kuma.

Melon de Yubari

Melon de Yubari

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