Manga, anime et jeu vidéo dans l’art contemporain   現代美術 漫画、アニメ、ビデオゲーム

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Le Doraemon de Takashi Murakami

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Takaamanohara de Chiho Aoshima, 2015

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L'installation "Super Mario Clouds" de Cory Arcangel, Leopold Museum de Vienne

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La galerie Art ludique a présenté les dessins des studios Ghibli en 2014

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Estampe Hatsune Miku

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Nausicaa de Takumi Kanehara

Pop culture au musée

Si la culture pop japonaise a su se faire connaître hors de ses frontières et pénétrer l’imaginaire collectif, elle parvient également à investir le champ de l’art contemporain. Certains artistes s’inspirent des anime, des mangas et des jeux vidéo dans leurs créations.

Le lien

Le 8 janvier dernier, l’exposition Doraemon Tokyo 2017 fermait ses portes au Musée d’art Mori dans le quartier de Roppongi. Celle-ci présentait les œuvres de 28 artistes ou groupe d’artistes invités à livrer leur version personnelle du mythique chat-robot, né en 1970, Doraemon. Guidés par leurs souvenirs d’enfance, les artistes Takashi Murakami et Yoshimoto Nara, la photographe Mika Ninagawa et le designer Sebastian Masuda, entre autres, se sont prêtés à l’exercice laissant libre cours à leur interprétation.

Ce dialogue entre le monde de la culture pop japonaise et la création contemporaine n’est pas nouveau. Au Japon comme dans le reste du monde, de nombreux artistes et designers s’approprient et introduisent les personnages, le style et les codes de cette culture dans leurs propres créations.

Takashi Murakami est à ce titre l’exemple le plus emblématique du lien entre les deux domaines. Chef de file du Néo Pop japonais, il propose des œuvres (monstres, fleurs multicolores, motifs kawaii) en lien direct avec l'univers du manga et de l'anime. Pour la star japonaise de l’art contemporain, il n’existe pas de hiérarchie entre art traditionnel,  beaux-arts et art issu de la culture otaku. Tout se situe sur un seul et même plan. Sa galerie Kaikai Kiki encourage et soutient les jeunes artistes selon ce précepte. Parmi cette jeune génération du collectif Kaikai Kiki, citons Chiho Aoshima, Aya Takano et Mr. dont les œuvres combinent des emprunts à la culture pop, l’onirisme et des réflexions sociétales. 

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Stationed at the convenience store de Mr. 2013

Le grand détournement

Lorsque des ateliers de gravure d'estampes japonaises contemporaines produisent selon des techniques ancestrales des estampes figurant des personnages emblématiques de la culture pop, l'interpénétration des genres et des époques atteint son paroxysme. Récemment, plusieurs ateliers ont édité des estampes ukiyo-e à l'effigie des héros d'Osamu Tezuka, des Pokemon ou bien encore de la chanteuse virtuelle Hatsune Miku, etc... Ces détournements artistiques illustrent à quel point les anime, les jeux vidéo et les mangas ont pénétré le cœur de la création contemporaine. Preuve en est la multiplication des fan arts d’artistes et illustrateurs professionnels ou amateurs. Ainsi Takumi Kanehara, artiste illustrateur, lauréat d’un Weekly Shonen Jump Magazine’s Treasure Newcomer Manga Award, rend hommage aux animes des studios Ghibli en réalisant une série d’illustrations dans le style Art Nouveau et plus précisément inspirées des affiches d’Alfons Mucha (1860-1939), affichiste et peintre tchèque.

Voir aussi : Ukiyo-e, l'art de l'estampe japonaise

À l'international

Hors du japon, l'influence de la culture pop japonaise dans la création contemporaine se fait également sentir. Celle-ci est même croissante depuis une vingtaine d'années. En 1999, les Français Philippe Parreno et Pierre Huygue exposent une installation vidéo mettant en scène un personnage de manga en image de synthèse. Créée spécialement pour le projet artistique par un studio nippon, Annleen prend vie par un jeu d'interaction avec les artistes. L'installation intitulée « No ghost, just a shell » est une référence directe à l'anime « Ghost in the Shell » de Mamoru Oshii. En 2002, c'est le jeu vidéo Super Mario qui inspire l'artiste numérique américain, Cory Arcangel. Supprimant les personnages et l'action du jeu, il ne conserve que les nuages pixelisés tels des motifs répétitifs et iconiques pour composer un paysage numérique empreint de nostalgie.

Vers une reconnaissance de l’art ludique

Parallèlement à cette interpénétration, les créations des mangakas, animateurs des grands studios et dessinateurs des sociétés d’édition de jeux vidéo bénéficient d’une reconnaissance artistique internationale grandissante et investissent le monde du musée. Il faut bien avouer que leurs dessins sont d’une qualité et d’une technicité exceptionnelle. Certains d’entre eux comme Yoshitoka Amano, connu pour ses dessins et modèles de personnages de la franchise Final Fantasy, exposent leurs dessins dans des musées et des galeries. En  2014, le musée d’art ludique à Paris présentait les layouts des maîtres de l’animation japonaise Hayao Miyazaki and Isao Takahata. Parions qu’un jour prochain l’art ludique sera un courant à part entière de l’art contemporain permettant aux nombreux animateurs et mangakas d’être considérés comme des artistes, au sens noble du terme. 


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