La cérémonie Daikoku To-E   大国祷会

Date de publication :
Daikoku To-E, Chosho-ji, Kamakura

Daikoku To-E, Chosho-ji, Kamakura

Daikoku To-E, Chosho-ji, Kamakura

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La discipline austère

En plein cœur de l’hiver, après cent jours d’entrainement austère, de futurs moines bouddhistes de la secte Nichiren s’aspergent le corps de seaux d’eau froide, tout en chantant des sutras lors de la cérémonie de Daikoku To-e ("la discipline austère") au temple Chosho-ji de Kamakura.

Par une matinée glaciale de la mi-février, la cour du temple Chosho-ji de Kamakura est noire de monde. Autour d’un petit bassin, des seaux en bois sont installés. Des photographes amateurs y sont agglutinés, emmitouflés dans des habits chauds et imperméables, leurs appareils photo protégés par des plastiques. Les autres personnes, curieux ou fervents fidèles, discutent. Soudain, la foule se tait à l’arrivée d’une petite procession d’hommes vêtus d’une simple tunique en coton léger et d’une sorte de pagne enroulé autour de la taille. Arrivés près du bassin, ils vont quitter ces vêtements spartiates pour ne garder qu’un simple morceau de coton blanc leur servant de cache-sexe. Le visage émacié, ils portent presque tous la barbe. Ces hommes sont de futurs moines bouddhistes Nichiren qui arrivent au terme de 100 jours d’ascèse pratiqués dans le  monastère Myôjô-ji situé à Chiba.

Lire : Le temple Myohon-ji

Daikoku To-E, Chosho-ji, Kamakura

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Nichiren Daishonin

Né dans l’actuelle préfecture de Chiba, Nichiren Daishonin (1222-82) était un moine qui a fondé sa propre école bouddhiste basée sur la vénération du sûtra du lotus, le Daimoku. Souvent critique vis à vis des autres sectes bouddhistes et du gouvernement militaire de l’époque (dirigé par les régents Hojo), il fut plusieurs fois exilé et même condamné à mort. Selon la légende, le jour de son exécution, un miracle lui sauva la vie et il fut gracié. Il vécu et prêcha de longues années à Kamakura qui était alors la capitale politique du pays et où, plus tard, de nombreux temples furent érigés en son honneur. De nos jours, le bouddhisme Nichiren est représenté par différentes branches.

La "discipline austère"

Chaque année, une centaine de jeunes moines viennent de tout le pays pour faire une retraite de 100 jours (de novembre à février) au monastère Myôjô-ji où l’ascétisme est de règle. Levés à 2h30, ils doivent "se purifier" en s’aspergeant d’eau glacée sept fois par jour, en plein cœur de l’hiver. Ils dorment moins de 4 heures par nuit, passant leur temps à la récitation du sûtra du lotus et à des pratiques gardées secrètes. Ils ne se nourrissent que deux fois par jour de porridge et de soupe miso et perdent en moyenne 10 kilos. Leur barbe pousse, leur visage se creuse, leur voix devient plus grave et plus profonde. Ils s’apprêtent à être ordonnés moines après cette retraite obligatoire.

Un ultime acte de foi

Au terme de ces 100 jours de "discipline austère", ils vont prouver leur courage et leur foi devant le public, fidèles et laïcs, au temple Chojo-ji de Kamakura, dédié à leur maître Nichiren Daishonin.

Après avoir ôté leurs socques, ils pénètrent, quasi nus, les mains jointes, dans l’espace sacré du bassin. Ils sont une dizaine à s’asseoir autour de ce dernier et commencent immédiatement à chanter un texte extrait du sûtra du Lotus, celui qu’ils ont récité pendant des heures et des heures lors de leurs cent journées d’ascèse.

Voir : Le notion de "Dieu" en japonais

Ils chantent pour leur salut personnel, pour "se purifier" mais aussi pour le salut de l’humanité et pour que la paix règne sur ce monde. À l’approche de l’acte final, les paroles font place à de simples sons chantés en chœur très énergiquement pour se donner du courage : "Hoi, ho, hoi, hoi...", le ton monte en crescendo jusqu’à ce que d’un cri et d’un geste communs, ils se lèvent pour prendre un seau qu’ils remplissent d’eau -l’eau du bassin qui ne fait pas plus de 5 ou 7°C... Ils s’aspergent d’abord un petit peu le buste avec les mains, puis le visage pour enfin se renverser  énergiquement le seau entier sur la tête et le corps tout en continuant de chanter. 

Puis ils quittent le bassin, transis, laissant la place à un autre groupe. Des fidèles leurs passent des serviettes de bain et leur fine tunique avant qu’ils ne repartent l’un derrière l’autre comme ils étaient arrivés. Plus tard, quand tous auront prouvé leur foi par ces ablutions glacées, une messe sera donnée en leur honneur et ils pourront être ordonnés moine. 

Daikoku To-E, Chosho-ji, Kamakura

Daikoku To-E, Chosho-ji, Kamakura

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