Hananoiwaya-jinja à Kumano, le sanctuaire le plus ancien du Japon   花の窟神社

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Haut lieu de pèlerinage Shintô dans la préfecture de Mie

Depuis le 8èmesiècle, le Hananoiwaya-jinja à Kumano est reconnu pour être un haut-lieu de la cosmogonie japonaise au vu des sépultures qu’il abrite ; celle d’Izanami, la divinité co-créatrice du monde et du panthéon shinto et celle de son fils Kasuguchi, le kami du feu. Enregistré en 2004 au patrimoine mondial de l’Unesco comme faisant partie des Sites Sacrés et Routes de Pèlerinage de la chaîne de montagnes Kii, le sanctuaire offre une plongée mystique au plus près des racines du shintoïsme.

Un rocher en guise de sanctuaire

Qualifié de sanctuaire le plus ancien de l’archipel dans le Nihon Shoki ou Chroniques du Japon ; un recueil de mythes compilé en 720, le Hananoiwaya-jinja n’est pas un sanctuaire comme on l’entend généralement. Ici, vous pouvez oublier la conception classique du complexe religieux disposant d’un honden ou bâtiment principal dans lequel réside l’esprit du kami. 

En effet, au Hananoiwaya-jinja, des siècles durant, il n’y avait qu’un rocher de 45 mètres de haut et de 80 mètres de large en lieu et place de sanctuaire. Ce n’est qu’au cour de l’ère Meiji (1868-1912), donc très tardivement au regard de la longue histoire des lieux que des bâtiments ont été édifiés pour accompagner le rocher sacré abritant l’esprit de la déesse Izanami.


Le mythe d’Izanagi et Izanami

Le Nihon Shoki et le Kokiji ou Chronique des choses anciennes daté de 712 relatent tous deux la légende du kuniumi, ou "naissance du pays" ainsi que la naissance d’une multitude de kami à travers le mythe d’Izanagi et Izanami. 

Ces deux divinités furent chargées par les autres kamis du Ciel de donner une forme solide à la Terre qui jusqu’alors était vide et informe comme "une méduse flottant sur la mer". Ils créèrent alors la première île de l’archipel, l’île d’Onokoro ou "première terre ferme" dans les eaux de la mer intérieure de Seto puis toutes les autres îles du Japon. 

De leur union sur l’île d’Onokoro vont naître plusieurs kami parmi lesquels Tsukuyomi, kami de la lune, Amaterasu, kami du soleil et Susanoo, kami des tempêtes puis Kagutsuchi, le kami du feu. Lors de la naissance de ce dernier, Izanami succombera à ses brulures.

La grotte des fleurs - la tombe d'Izanami

La suite de la légende du couple démiurge diffère selon les sources. Dans le Kokiji, Izanagi décide d’aller retrouver Izanami descendue dans le Royaume des morts appelé Yomi. Mais il est horrifié en l’y trouvant monstrueusement défigurée. Il s’enfuit, poursuivi par la jeune femme humiliée et furieuse et parvient à quitter Yomi. Il condamne alors le passage entre le monde des vivants et celui des défunts avec une énorme pierre. Ce dernier serait d’ailleurs toujours visible à Higashizumo au sud-est de la ville de Matsue 

Dans les textes du Nihon Shoki, le dénouement est tout autre. En effet Les Chroniques du Japon relatent qu’Izanami a été enterrée dans le bourg d’Arima à Kumano dans la cavité d’un bloc rocheux géant. Cette tombe aurait ensuite été fleurie par les habitants du village qui venaient en nombre prier Izanami. Cette cavité de 6 mètres de haut, 2,5 mètres de large et 50 cm de profondeur surnommée la grotte des fleurs ou "hana no iwaya" en japonais a donné son nom au sanctuaire; Hananoiwaya-jinja signifiant le sanctuaire de la grotte des fleurs.

La tombe de Kagutsuchi, le kami du feu

Face à la sépulture d’Izanami, trône une autre tombe divine ; celle de son fils, Kagutsuchi. Ici encore, l’esprit du kami s’est incarné dans un élément naturel ; un rocher haut de 18 mètres. La légende raconte qu’après le décès d’Izanami, Izanagi, fou de douleur, aurait décapité et démembré son fils qu’il jugeait responsable de la disparition de sa bien-aimée. Huit dieux seraient nés de son sang et huit autres des différentes parties de son corps.

Les deux tombes pavées de petites pierres blanches et cernées d’une clôture voient passer quotidiennement de nombreux fidèles. Certains se livrent même à un petit rituel mystique consistant à placer une petite pierre blanche dans l’une des cavités du rocher d’Izanami en espérant voir s’exaucer leur vœu.

Le rituel de changement de corde

Tous les 2 févier et 2 octobre, il se tient au Hananoiwaya-jinja un festival unique, désigné Bien culturel immatériel de la préfecture de Mie : le otsunakake shinji ou rituel de changement de corde

À cette occasion, une corde réalisée à partir de sept cordes entremêlées est suspendue entre le sommet du rocher de 45 mètres et un pin sacré (aujourd’hui remplacé par un mât en béton) situé dans le coin sud de l’enceinte du sanctuaire. Si seulement sept officiels se chargent de la tâche au sommet du rocher, des dizaines de personnes tirent la corde cérémonielle longue de 170 mètres sur la plage de Shichiri Mihama, la plus longue plage du Japon située en contrebas afin de la tendre entre les deux monticules puis de l’amarrer à un bloc de béton situé le long de la route 42. 

Si la corde résiste aux vicissitudes du temps et aux affres de la météo, il s’agit là d’un signe de bonne fortune et de récoltes abondantes. Jamais une corde qui a résisté entre les deux festivals n’est enlevée. La nouvelle est mise en place aux côtés de l’ancienne qui finira par céder d’elle-même.


Les croyances populaires 

Si vous prêtez attention à la corde, vous apercevrez des décors suspendus sur celle-ci : trois drapeaux tressés symbolisant les kami Tsukuyomi, Amaterasu et Susanoo. 

Quant aux sept cordes qui la constituent, elles représentent sept autres kami et enfants d’Izanagi et Izanami : Shinobe, l’esprit des vents ; Watatsumi, le dieu des océans ; Kukunochi, la divinité des arbres et des forêts ; Kayanohime, l’esprit des herbes ; Kagutsuchi, le dieu du feu ; Haniyasu, l’esprit de la Terre et Mitsuhanome, le kami de l’eau. 

Sacrée, cette corde cérémonielle fait l’objet de plusieurs croyances populaires. Ainsi une femme enceinte qui assiste au rituel de la corde serait assurée d’accoucher sans aucun problème. On prête également à ce cordage le pouvoir de guérison. Pour ce faire, il faudrait ramasser l’une des décorations tombées au sol et la placée sous son oreiller ou même encore lécher directement le cordage !

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