Le festival Hina-nagashi   雛流し祭り

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Poupées sur un petit bateau

Poupées sur un petit bateau

Cérémonie pour les poupées,Awashima-jinja Yokosuka

Cérémonie pour les poupées, Awashima-jinja, Yokosuka

Adieu aux poupées, Awashima-jinja Yokosuka

Adieu aux poupées,Awashima-jinja, Yokosuka

Hitogata vendu par un sanctuaire shinto.

Hitogata vendu par un sanctuaire shinto.

Et voguent les poupées

Avant d’être des objets de décoration ou des jouets, les poupées japonaises eurent d’abord un rôle protecteur et même d'exorciseur. Les Japonais pensaient qu’elles préservaient des maladies et du mauvais sort et qu’elles avaient une âme.

D’antiques coutumes

Dans l'antiquité, un rite shinto consistait à se frapper le corps avec des poupées de paille ou de papier de forme humaine appelées hitogata (qui signifie littéralement "forme humaine") pour se purifier. On les jetait ensuite à la rivière ou à la mer afin qu'elles emportent avec elles les péchés et les maux humains. Ce rite était également pratiqué par les empereurs du Japon qui, fortement influencés par la culture chinoise, avaient fait coïncider cette pratique avec la date d'une coutume chinoise de purification par l'eau qui avait lieu le troisième jour du troisième mois, selon le calendrier lunaire. Ce jour-là, on frappait le corps de l'empereur avec une poupée afin que le mal qui pouvait l’habiter soit transféré sur la poupée.

À l'ère Heian (794-1191), cette coutume se répandit parmi la haute noblesse. Quant aux gens du peuple, à majorité paysanne, le mois de mars annonçait l'arrivée du printemps et le début des travaux des champs. À ce moment de l'année, les paysans pratiquaient le jeûne en l'honneur du dieu des champs et eux aussi se flagellaient avec des poupées de forme humaine pour exorciser le mal, transférer leurs impuretés sur ces "formes humaines" qu'ils jetaient ensuite à l'eau.

Prière pour les poupées

Prière pour les poupées

Du haut en bas de l'échelle sociale, avaient donc lieu les mêmes rites d'exorcisation au moyen de poupées. Plus tard, sous l'influence du bouddhisme, les gens commencèrent à apporter les hitogata au temple où un moine récitait des prières pour purifier les poupées à leur tour et les débarrasser ainsi du mal qu'on leur avait transmis. Elles étaient alors jetées à l'eau ou brûlées. Dans certains endroits, on fabriquait un couple de poupées en paille que l’on installait sur une petite barque en paille elle aussi, et que l’on faisait flotter sur l’eau toujours dans le but de leur faire emporter les maux humains.

Voir aussi : Les superstitions japonaises

Mais à la fin de l'ère Muromachi (1336-1573), les poupées prirent une forme plus élaborée. Elles étaient parfois en bois ou en glaise et habillées d’étoffe. Après les avoir emmenées au temple, les nobles commencèrent à les exposer chez eux au lieu de les jeter. De plus en plus jolies et sophistiquées, elles perdirent petit à petit leur rôle d'exorciste pour devenir des objets de décoration.

Cependant, dans certains endroits du Japon, la coutume de jeter les poupées à l'eau est restée. Elle est appelée hina-nagashi ou nagashi-binace qui signifie littéralement "flottement de poupée". La croyance dans leur rôle d’exorciseur n'a pas non plus disparu. Certains sanctuaires shinto fournissent encore de minuscules papiers découpés en forme humaine avec lesquels on se frotte le corps puis sur lesquels on doit souffler pour leur transmettre impuretés et problèmes. Ces formes humaines sont ensuite purifiées par un prêtre avant d'être brulées ou jetées à l’eau.

Lire : Les poupées nippones

Poupées en papier biodégradable

Poupées en papier biodégradable

Les poupées sont mises à la mer ,Awashima-jinja, Yokosuka

Les poupées sont mises à la mer , Awashima-jinja Yokosuka

Où voir une cérémonie de hina-nagashi ?

De nos jours, quelques temples shinto, les sanctuaires Awashima, organisent une cérémonie pour "purifier" les poupées avant de les faire flotter sur un cours d’eau. Cet événement a lieu le 3 mars qui est le jour de la fête des petites filles, ou hina matsuri, littéralement "fête des poupées". Les sanctuaires portant le nom d’Awashima sont consacrés aux problèmes féminins: mariage, fertilité, accouchements, maladies gynécologiques et autres.

À lire : Hina Matsuri, la fête des petites filles

Selon les sanctuaires, les poupées sont directement jetées à l’eau sur de petits paniers ou bateaux en paille ou en bois ou, pour des raisons écologiques, elles sont rassemblées sur un mini bateau que l’on fait flotter un certains temps avant de les récupérer et de les brûler. Des cartes en papier biodégradable représentant l’empereur et l’impératrice (comme pour l’exposition des poupées du hina matsuri), sont aussi vendues aux personnes qui désirent se débarrasser de leur malchance en les jetant à l’eau.

  • L’endroit le plus célèbre pour assister à la cérémonie hina-nagashi est le sanctuaire Awashima-jinja dans la ville de Wakayama. Après une magnifique cérémonie de purification des poupées pratiquée par des prêtres shinto et leurs assistantes, les miko, les poupées sont mises sur un petit bateau que l’on lance sur la mer.
    Cérémonie à partir de 12h, les poupées sont mises à flotter vers 13h.
    Le sanctuaire est situé à quinze minutes à pied de la station de Kada Nankai.
  • Au sanctuaire Shimogamo à Kyoto des petites poupées en paille (sandawara) sont vendues aux visiteurs qui peuvent les faire flotter sur la rivière Mitarashi qui coule près du sanctuaire. Un homme et une femme vêtus comme l’empereur et l’impératrice ouvrent la cérémonie et font d’abord flotter leurs sandawara avant que la foule ne jettent les siennes.
    À partir de 10h30.
    Prendre le bus #205 à la gare de Kyoto et descendre à l’arrêt Shimogamo Jinja-mae.
  • Le sanctuaire Awashima-jinja de Yokosuka, à une soixantaine de kilomètres au sud de Tokyo, est beaucoup moins célèbre mais a lui aussi une très belle cérémonie. Les poupées, rassemblées sur une petite barque en bois, sont tirées par un bateau avec à son bord le prêtre supérieur du sanctuaire et des dignitaires de la ville.
    La cérémonie commence vers 13h au sanctuaire puis se continue sur la plage (avec la danse du héron pratiquée par un prêtre et une miko) et le départ du bateau a lieu vers 15h.
    Prendre le bus à la gare JR de Zushi à l’arrêt Jorakuji. Environ 25 minutes de trajet puis 10 minutes de marche jusqu’à la plage. Le sanctuaire est situé en haut de la plage.

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