Kango jinja   漢國神社

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Le haine (hall de culte) du Kangō jinja

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Des manjū stylisés sont disposés de chaque côté du Rhin jinja

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Kohaku manju

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L'armure de Ieyasu Tokugawa

Mon royaume pour un manjû !

Laissez-vous conter l'histoire de Join Rin, un confiseur d'origine chinoise arrivé à Nara en 1349 dont le destin fut complètement bouleversé grâce aux pouvoirs extraordinaires de ses manjû.

Une fresque romanesque

Si vous n'y prêtez pas attention, vous pouvez aisément passer devant l'enceinte du Kango jinja sans vous en apercevoir. Bien qu'il soit situé dans le centre ville de Nara, ce discret sanctuaire shinto ne peut compter que sur son torii vermillon au bord de la ruelle pour attirer le regard et éveiller la curiosité des passants. Pourtant, le Kango jinja renferme une saga extraordinaire... Le sanctuaire abrite en ses murs un tout petit temple, le Rin jinja, dédié aux manjûs, l'une des confiseries traditionnelles les plus appréciées de l'archipel et à leur créateur dont la destinée hors-norme n'a pas à rougir de la comparaison avec les plus grandes fresques romanesques.

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Répérez le torii entre les ruelles pour accéder au Kangō jinja

Laissez-nous vous conter l'histoire de Join Rin, un confiseur d'origine chinoise, et des pouvoirs surprenants de ces manjûs. Amour, pouvoir et pâtisserie ; c'est parti !

À lire : Torii, le portail japonais

Une idée de génie

En 1349, Join Rin s'installe à Nara dans une maison située juste en face du Kango jinja. Si en Chine, il confectionnait et vendait des mantou, des petits gâteaux cuits à la vapeur et fourrés à la viande à son voisinage, Join Rin, aujourd'hui, ne le peut plus. Ses plus proches voisins et clients sont désormais les prêtes vivant au Kango jinja, à qui les préceptes bouddhistes n'autorisent qu'un régime alimentaire végétarien. Son idée de génie consiste alors à remplacer la viande par de la pâte d'haricots azuki.

Le succès est immédiat auprès des pensionnaires du sanctuaire et gagne rapidement les plus hautes sphères de l'état. À la Cour Impériale, on raffole dorénavant de ces gâteaux fourrés à l'anko. Honneur suprême, l'empereur Gomurakami lui-même succombe à ce petit plaisir sucré. Son appréciation est si forte qu'elle le conduit à offrir la main d'une dame de la Cour à Join Rin en remerciement.

Voir : Shôjin ryôri, la cuisine des moines

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Le tumulus manjū au Rin jinja

Kôhaku manjû

Le jour de son mariage, pour célébrer son bonheur, Join Rin propose à l'assemblée des manjû rouges et blancs spécialement réalisés pour l'occasion. Par ce geste, il donne naissance à une coutume qui a toujours cours aujourd'hui. Lors des cérémonies de mariages, on continue à déguster des kôhaku manjû (un manjû rouge et un manjû blanc) pour s'assurer du bonheur et de la longévité de son union. À l'issue de la cérémonie, le confiseur aurait même enterré une paire de kôhaku manjû à côté de l'autel du Rin jinja. Protégés et scellés pour toujours par une pierre ronde, ces manjû ont apporté la prospérité au couple et à leur descendance. 

Le porte-bonheur du shogun

Mais la légende des manjû de Jôin Rin ne s'arrête pas là. En 1575, Soji Hayashi, l'un de ses descendants qui tient une boutique de confiserie à Kyoto, offre un manjû au futur shogun, Ieyasu Tokugawa. Ce dernier le pose sur son casque et en fait immédiatement offrande au dieu de la guerre priant pour la victoire lors de sa prochaine bataille. Revenu victorieux, Ieyasu Tokugawa prête dès lors des vertus mystiques au petit gâteau. Selon lui, les manjû apporteraient la chance et éloigneraient le malheur.

Précisons que par la suite la boutique de manjū de Kyoto fut déplacée à Edo pour devenir le fournisseur officiel de la Cour. L'enseigne Shiose, vieille de plus de 650 ans, est d'ailleurs toujours en activité à Tokyo. Un second épisode relie Ieyasu Tokugawa au temple des manjû. En 1582, face à une situation de grand péril, il est contraint de se réfugier pour une nuit au Kango jinja. Bien des années plus tard, en 1614, il offrira son armure au sanctuaire en guise de remerciement. Si l'originale est maintenant exposée au musée national de Nara, une réplique est toujours visible dans le sanctuaire. 

La prochaine fois que vous dégusterez un manjû, pensez donc à ce que cette petite gourmandise est en mesure de vous apporter. Amour, succès et pouvoir ; tout est possible avec un manjû !

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