Le parc d'Ueno à la loupe   上野公園の秘密

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L’étang Shinobazu, emblématique du parc Ueno, et ses lotus dont les pétales géants recouvrent l’entièreté de l'étendue.

L’étang Shinobazu, emblématique du parc Ueno, et ses lotus dont les pétales géants recouvrent l’entièreté de l'étendue.

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Le puits près du cerisier Shushiki est toujours visible

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Cloche du parc Ueno en 1893

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Le daibutsu du parc d'Ueno au début du 20ème siècle

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Le pin lune. Estampe d'Hiroshige

Secrets d'histoire

Le parc d’Ueno est l’une des visites incontournables de la capitale nipponne. Il faut dire que ses nombreux musées, son zoo, ses cerisiers en fleurs, ses temples et sanctuaires, son étang de lotus ont de quoi séduire les visiteurs. Mais que vous soyez un(e) habitué(e) des lieux ou que vous vous y rendiez pour la première fois, vous pourriez fort bien ne pas prêter attention à certains petits détails pourtant riches de sens. 

Cette visite du parc d’Ueno à la loupe tend à vous faire découvrir les petites histoires qui font la grande Histoire. Que les réfractaires à l’histoire se rassurent. Il ne s’agit en aucun cas de délivrer un cours magistral ou une description exhaustive des lieux. Profitez simplement de cette balade qui met en lumière des anecdotes ou petits évènements liés au parc tokyoïte.



Découvrez le quartier d'Ueno :

1. Le cerisier Shushiki

Non loin du Kiyomizu Kannon-do, l'un des milliers de cerisiers du parc fait bande à part. Celui-ci, appelé "cerisier Shushiki", doit son sobriquet à une jeune poétesse de 13 ans. En 1681, la jeune Ome Shushiki (1668-1725) compose un haïku resté célèbre : "Des fleurs de cerisiers près d'un puits sont en danger par des camarades ivres" (Idobata no sakura abunashi sake no yoi). Ce poème exprime la crainte de la jeune fille de voir, lors du hanami, les hommes ivres écraser l'arbre fragile et tomber dans le puits. Ome Shushiki attache ensuite la bandelette de papier contenant son poème à une branche. À sa lecture, le prêtre du Kiyomizu Kannon-do voisin est si fortement impressionné qu'il lui fournit un palanquin pour rentrer chez elle. Mais la jeune fille en fait profiter son père affaibli et se contente de marcher à ses côtés. L'histoire se répand rapidement chez les habitants d'Edo. Le bouche à oreille fait son œuvre ; transformant les faits et donnant naissance à une véritable légende. Le père d'Ome Shushiki se mue ainsi en un porteur de palanquin d'un âge avancé vivant avec sa fille ; cette dernière prenant soin de lui toute sa vie et étudiant la poésie à ses heures perdues. Les artistes ukiyo-e représentent une Ome Shushiki vertueuse, à la loyauté sans faille. La poétesse, érigée en modèle de piété filiale, laissa son nom au cerisier qui fit sa renommée !

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Le cerisier Shushiki

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La poétesse Ome Shushiki et son père. Estampe de Kunichika

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Le pin de la lune devant le Kyomizu kanon-do

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Vue vers le benten-dō au milieu du Shinobazu no ike

2. Le pin de la lune – Tsuki no matsu

Devant la plateforme sur pilotis du Kiyomizu Kannon-do figure un bien étrange pin dont l’une des branches forme un cercle parfait. Le Tsuki no matsu ou "pin de la lune" est un pin unique, façonné par les mains expertes d’un artisan paysagiste à l’époque d’Edo et placé à cet endroit par le prêtre Jigen Daishi, fondateur du Kanei-ji. Hiroshige l’immortalise à deux reprises dans sa fameuse série d’estampes, les Cent vues célèbres d’Edo réalisées entre 1856 et 1858. Par sa forme circulaire, le pin est associé à la pleine lune, symbole de bonne fortune.

Depuis la plateforme, à travers la branche recourbée, le Bentendo au milieu de l’étang de Shinobazu s’offre à vous dans une perspective splendide et tout à fait originale. Fortement endommagé par une tempête à la fin de l’époque d’Edo, le pin est restauré en 2012 ravivant ainsi la magie du spectacle d’antan. La courbure du pin de la lune est un tour de force que seule une poignée d’artisans paysagers est capable de réaliser. Le rater lors de votre visite du parc vous priverait d’une vue séculaire. 

3. Le restaurant Innsyoutei

Derrière la façade en bois du restaurant Innsyoutei, se dissimule une aventure culinaire qui perdure depuis plus de 140 ans. Lors de son ouverture en 1875, il est le lieu de prédilection des promeneurs du parc souhaitant déjeuner ou boire un thé. Dans un souci de préserver son cadre authentique, la restauration de l’établissement en 2003 incorpore des matériaux provenant de bâtiments anciens de la préfecture de Kyoto et de Shiga. À travers une large baie donnant sur le parc, vous pouvez vous offrir un repas intemporel dans un cadre distingué. Sans réservation préalable, vous devrez vous armer de patience pour y déguster une cuisine kaiseki.

Adresse : 〒110-0007 Tokyo, Taitō, Uenokoen, 4−59
Horaires : 11h-15h - 17h-23h

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Le restaurant Innsyoutei

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La cloche du Temps - Toki no kane

4. La cloche du Temps d'Ueno – Toki no kane

Dans le manga Furari de Jiro Taniguchi, le protagoniste arpentant Edo déclame un haïku de Matsuo Basho (1644-1694) : "Dans la brume des cerisiers en fleurs, un son de cloche. Ueno ? Asakusa ?" (Hana no kumo kane wa ueno ka asakusa ka). Ce verset fait référence aux "cloches du temps" dispersées dans la ville qui informaient de l’heure tous les citoyens en sonnant à 6h, 12h et 18h. La cloche du parc d’Ueno trône fièrement parmi les cerisiers depuis 1787 en remplacement de la cloche originelle de 1666.

5. Le Daibutsu Yama

Sur une petite colline du parc, vous découvrez le site dénommé Daibutsu Yama. À côté d'une petite pagode contemporaine se dresse le visage immense en bronze d'un Bouddha du XVIIe siècle. En 1631, un Bouddha assis de 2,8 mètres de haut fut installé sur ce petit promontoire naturel, situé à l'origine dans l'enceinte du temple Kanei-ji. Détruit en 1647 par un tremblement de terre, il est remplacé par un autre daibutsu mesurant 3,6 m de hauteur. De ce dernier, fortement endommagé en 1923 lors du grand tremblement de terre du Kanto puis fondu au cours de la seconde guerre mondiale, ne subsiste que le visage enchâssé dans un large cadre.

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Visage du Daibutsu datant du 17ème siècle

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Le monument de la flamme d'Hiroshima et Nagasaki

6. La flamme d'Hiroshima et Nagasaki

En août 1945, Tatsuo Yamato part à la recherche de son oncle vivant à Hiroshima et dont il est sans nouvelles depuis le bombardement du 6 août. Dans les ruines de la maison toujours en proie aux flammes, il allume une torche qu’il ramène à Hoshino-mura dans la préfecture de Fukuoka. Il entretient cette flamme à son domicile durant 20 ans. Les années passant, son ressentiment laisse place à un désir de paix universel. En 1968, le village d’Hoshino fait construire un monument pour abriter la flamme transmise par Tatsuo Yamato.

En 1988, une flamme est extraite pour fusionner avec une seconde allumée par le frottement de tuiles cassées provenant de Nagasaki. Deux ans plus tard, une stèle commémorative abritant la flamme d’Hiroshima et de Nagasaki est inaugurée dans l’enceinte du Tosho-gu du parc d’Ueno. Brûlant pour l’éternité, cette flamme est un hommage vibrant aux centaines de milliers de victimes et un appel à l’abolition de l’arme nucléaire.

Voir aussi : Le mémorial de la paix à Hiroshima

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