Dans les pas d'un voyageur de l'époque d'Edo : étape n°1 du Tokaidô

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Le pont Nihonbashi.

Le pont Nihonbashi.

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Le pont de Nihonbashi. Les 53 étapes de Tokaidô par Hiroshige

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Le relais de Shinagawa. Les 53 stations du Tokaidô par Hiroshige

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Sur la route du Tokaidô (1825). Photographie de Felice Beato (1832-1909)

Faire l'expérience de la route du Tokaidô dans les rues de Tokyo

Vivre le Japon vous propose un itinéraire détaillé de la première étape du Tokaidô, la route mythique de l'époque d'Edo (1603-1868), entre le pont de Nihonbashi et l’ancien relais de Shinagawa, à travers les rues de Tokyo. Prêt pour une plongée dans le passé ?

Un tout autre décor, Tokyo d'hier et d'aujourd'hui

De la route originelle du Tokaidô, il ne subsiste presque rien hormis quelques portions préservées notamment dans la région d’Hakone avec le Hakone Kyu Kaido. Le temps et l’urbanisation de l’archipel ont eu raison de cette route ancestrale. Depuis qu’Edo est devenue Tokyo ; les cortèges de daimyôs regagnant leur fief ont laissé place aux flots de salarymen sur les trottoirs de la capitale. Les palanquins ne sont plus qu’un lointain souvenir ; chacun profitant aujourd’hui de la rapidité et du confort d’un réseau de transport urbain tentaculaire de la capitale.

Les nostalgiques des temps anciens peuvent se réjouir. Il est toujours possible de fouler du pied le Tokaidô dans les rues de Tokyo ! Cette marche, longue de 8 km qui suit en grande partie le tracé de la route nationale 15, peut se faire en 2 heures. Toutefois, nous vous conseillons d’y consacrer une journée entière tant il existe de sites à visiter tout au long du chemin. Et cela sans même parler de shopping alors que vous allez traverser le très chic quartier de Ginza ! 


Point de départ : le pont de Nihonbashi (1)

Le pont de Nihonbashi, bâti en 1603 en plein cœur d’Edo, est le point de départ des Gokaidô, les cinq routes majeures de l’archipel. Ce point kilométrique zéro est d’ailleurs matérialisé par une stèle (2) toujours visible à l’extrémité nord de l’ouvrage de pierre. 

Durant toute l’époque d’Edo (1603-1868), le pont est emprunté quotidiennement par les nombreux marchands environnants, les cortèges officiels ou simples habitants. Initialement en bois, il est reconstruit en pierre et en acier en 1911 puis se retrouve partiellement dissimulé par une imposante voie rapide dans les années 60. Il est possible d’admirer une réplique du pont originel au musée Edo-Tokyo.

Dans le quartier de Nihonbashi (3 à 4)

L'établissement Mitsukoshi (3) à Nihonbashi, tout proche du pont, existait déjà à l’époque d’Edo sous le nom Echigoya Mitsui. Il s’agit tout bonnement du plus ancien grand magasin de Tokyo. Il figure ainsi sur la 21ème estampe de la série des "Trente-six vues du Mont Fuji" (1831-1833) d’Hokusai. Fondé en 1673 par le marchand de tissus, Takatoshi Mitsui, il occupe son emplacement actuel à Nihonbashi depuis 1683.

L’entreprise de futon Nishikawa, créée à Kyoto en 1566, a ouvert une échoppe à Nihonbashi en 1615. N’hésitez pas à pousser la porte de la boutique Nihonbashi Nishikawa (4) quatre fois centenaire ! Poursuivez ensuite votre route sur la Chuo-dori en direction de Kyobashi sur 1 kilomètre. 

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Vue du magasin Echigoya Mitsui dans la rue Suruga à Edo (vers 1829-1833). Les « Trente-six vues du mont Fuji », 21e vue. Hokusai Katsushika

Dans le quartier de Kyobashi (5 à 6)

Le musée de la police (5) qui retrace l’histoire de la police japonaise depuis sa création jusqu’à nos jours se trouve sur votre gauche.

À l'endroit précis du repère 6 se dressait à l’époque d’Edo le pont de Kyobashi. Edifié en bois puis reconstruit en pierre au cours de l’époque Meiji (1868-1612), le pont fut démantelé au début de l’ère Taishô (1912-1926) en raison du remblai de la rivière. De ce dernier ne subsiste qu’un pilier de pierre installé sur le côté droit de la route.


Dans le quartier de Ginza (7 à 9)

Le nom de Ginza provient du Ginza Yakusho (bureau du gouvernement) qui officiait durant l’époque d’Edo. Des magasins très animées dont de grandes boutiques de kimonos bordaient alors la rue principale. 

Détruit par le grand incendie de 1872, le quartier est rebâtit sur un nouveau modèle urbain, inspiré du modèle occidental, au cours de l’ère Meiji. L’architecte britannique, Thomas James Waters, imagine de large routes pavées et des bâtiments en briques ; le tout éclairé par le comble de la modernité, des réverbères à gaz. De nouveaux magasins équipés de devantures et de vitrines ouvrent leurs portes. 

L'avenue de Ginza fut aménagée pour devenir la première grande voie moderne de Tokyo.

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Le grand magasin Wako à Ginza

Ce paysage urbain à l’occidental fait de Ginza (7) un quartier agréable où l’on vient faire du lèche-vitrine. Cette tradition du shopping est demeurée intacte. 

Le quartier rassemble toujours aujourd’hui bon nombres de boutiques de luxe et de grandes marques internationales (8).

En poursuivant votre route jusqu’à l’intersection Ginza 4 Chome, vous rencontrez l’un des monuments emblématiques du quartier de Ginza : le grand magasin de luxe Wako (9), fondé en 1881 par Kintarō Hattori en tant que magasin d'horlogerie et de joaillerie. Magasin très populaire de la capitale, le lieu est célèbre pour son emblématique horloge en son sommet. L’édifice actuel de style néo-classique date de 1932.

Dans le quartier de Shimbashi (10 à 14)

Continuez votre route sur environ 700 mètres en direction du quartier de Shimbashi (10)

Le premier point d’intérêt n’est autre que la gare (11)Inaugurée en octobre 1872, la gare de Shimbashi est l’une des plus anciennes gares de l’archipel. Elle est le terminus de la ligne Tokaidô, première ligne de chemin de fer du pays, qui relie la capitale nipponne à Yokohama en 35 minutes. 

Aujourd’hui, à la nuit tombée, la gare est le point de ralliement des salarymen du quartier qui fréquentent les nombreux petits bars et restaurants nichés sous les voies ferrées appelés gâdo shita.

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La reconstitution de l'ancienne gare de Shimbashi abrite un musée

À proximité de la gare, plusieurs monuments rappellent aux badauds le glorieux passé du quartier dans l’histoire des chemins de fer de la capitale : une locomotive à vapeur de type C11 292 (12), installée depuis 1972 sur la place face à la sortie Hibiya de la gare ; à gauche de la sortie Shiodome, une stèle (13) commémorant le chant du chemin de fer Tetsudo Shôka, une chanson extrêmement populaire écrite et interprétée en 1900 par Owada Takeki et la reconstitution fidèle de la gare originelle de Shimbashi qui abrite un musée (14) retraçant l'histoire ferroviaire du quartier.

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Locomotive installée en face de la gare de Shimbashi

Dans le quartier de Shiodome (15 à 21)

Poursuivez sur la route nationale 15 en direction du quartier d’affaires de Shiodome (15) où de nombreuses entreprises japonaises ont installé leur siège social. C’est notamment le cas de l’agence publicitaire Dentsu qui a pris ses quartiers dans un building de 48 étages imaginé par l’architecte français Jean Nouvel en décembre 2002. Le Dentsu Building (16), culminant à 213 mètres de hauteur, surplombe le jardin Hama-rikyû (17) et sa maison de thé Nakajima-no-ochaya.

Shiodome est une des quartiers de Tokyo regroupe une des plus grandes concentrations de building.

Shiodome est une des quartiers de Tokyo regroupe une des plus grandes concentrations de building.

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Le Dentsu Building fait partie de la ligne de gratte-ciels visible depuis le jardin Hama-Rikyū

Célèbre image du Zojo-ji et de la tour de Tokyo

Célèbre image du Zojo-ji et de la tour de Tokyo

Après votre une halte au jardin Hama-rikyû ; reprenez votre itinéraire sur la route nationale 15. De part et d’autre de la station de métro Daimon (18), d‘autres monuments emblématiques de la capitale méritent un petit détour : à votre gauche, se trouve le jardin Kyu-Shiba Rikyu (19), l'un des derniers jardins datant de la période Edo à Tokyo et à votre droite, le temple Zojoji (20) où sont enterrés six shoguns du clan Tokugawa, lequel est situé au pied de la flamboyante Tour de Tokyo (21), une tour de radiodiffusion équipée de deux plateformes d’observation et réalisée par l'architecte Tachū Naitō en 1958.

Pour la suite du parcours, acheminez-vous jusqu’au repère 22 puis suivez la route 15 sur la droite.

Les ruines de la résidence de Mizuno Kenmotsu (23) et le temple Sengaku-ji (24)

Les deux prochaines étapes sur cette route moderne du Tokaidô sont directement liées à l’une des plus célèbres légendes historiques de l’archipel : la vengeance des 47 rônins. Celle-ci relate comment 47 samouraïs fomentent leur vengeance après la mort de leur daimyô Naganori Asano, condamné à se donner la mort par seppuku en 1701 pour avoir blessé Yoshinaka Kira, le maître des cérémonies de la maison du shogun qui l'avait insulté.  

En décembre 1702, guidés par leur chef Oishi Kuranosuke, les rônins mettent leur plan à exécution. Ils tuent Yoshinaka Kira et déposent sa tête sur la tombe de leur maître au temple Sengaku-ji. 

Arrêtés par les autorités, ils sont confinés dans quatre demeures seigneuriales en attendant l'exécution de leur sentence ; la condamnation à mort par seppuku. Neuf d’entre eux sont placés en détention dans la résidence du chef de clan Mizuno Kenmotsu (23). 

C’est à l’intérieur même de cette résidence que ces neuf rônins se suicident par seppuku le 4 février 1703. 

De cette villa, il ne subsiste aujourd’hui qu’une lanterne de pierre et une statue de Jizô. Seul un panneau est là pour rappeler ce pan mémorable de l’histoire nipponne.  Un peu plus d’un kilomètre plus loin, se situe le Sengaku-ji (24) qui abrite les tombes de Naganori Asano et de ses 47 samouraïs.

Sengakuji, les tombes des 47 ronin

Sengakuji, les tombes des 47 ronin

La gare de Shinagawa

La gare de Shinagawa

Dans le quartier de Shinagawa (25 à 29)

Le quartier de Shinagawa est synonyme de bonne nouvelle : le parcours touche à sa fin ! Depuis la gare de Shinagawa (25), la toute première gare de l’archipel, il ne vous reste plus qu’un seul et dernier kilomètre !

Au niveau du repère 26, suivez la route sur votre gauche et passez sur le pont. Continuez tout droit et franchissez les voies ferrées. Prenez ensuite sur votre droite. Avancez en direction d’une autre voie ferrée qu’il vous faudra également traverser. Le reste du parcours se fera en ligne droite sur la route Kyu-Tokaidô

En suivant cette dernière, vous passerez non loin de la gare de Kita-Shinagawa (27)

Environ 200 mètres après la gare, vous pouvez vous offrir un ultime petit détour pour aller un petit monument dédié à la baleine d’Edo. Oui, vous avez bien lu ! En 1798 suite à un violent typhon, une baleine est venue s'échouer dans la baie d'Edo ; attirant ainsi de très nombreux curieux dont le shôgun Tokugawa Ienari (1773-1841). Une petite stèle funéraire appelée "kujira-zuka" (28), gravée d'un poème de Tani Sogai (1734-1823) et commémorant le triste sort du cétacé a été édifiée à côté du Kagata-jinja. 

Cette anecdote pour le moins insolite est contée par le mangaka Jirô Taniguchi dans son ouvrage "Furari" inspiré de la vie du géomètre et cartographe Inô Tadataka (1745-1818).

Pour terminer cette première étape de la route du Tokaidô dans les rues de Tokyo, regagnez la route Kyu-Tokaidô. Votre point d’arrivée, le Shinagawa-juku (29),  ne situe plus qu’à une centaine de mètres ! Un petit parc et une stèle de pierre commémorent l’emplacement du shukuba de Shinagawa où les voyageurs pouvaient faire halte et se reposer dans une auberge

Bien que vous n’ayez pas fait la route dans un palanquin ou foulé du pied les pavés de cette route ancestrale comme à l’époque d’Edo, la satisfaction demeure la même : vous avez parcouru la première étape du Tokaidô !


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