Yushima Seidô   湯島聖堂

Date de publication :
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Porte Kyôdanmon du Yushima Seido

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Le Taiseiten du Yushima Seido

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Illustration du Yushima Seido publiée en 1830 dans le recueil Edo Meisho Zue

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Porte Gyokomon

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Hayashi Razan (1583-1657)

L'étonnant temple noir de Tokyo

Situé proximité de la gare d’Ochanomizu, l’étonnant Yushima Seidô intrigue par ses majestueux et élégants bâtiments noirs. Érigé en 1690, ce temple confucéen qui abrite la plus grande sculpture de Confucius au monde est considéré comme le lieu de naissance de l’enseignement scolaire japonais. 

Un temple dédié à Confucius au Japon

Le Yushima Seidô trône au cœur du paisible quartier de Yushima depuis l’ère Genroku (1688-1704). Cela ne fut toutefois pas toujours le cas. En effet, à l’origine, le temple se situait dans un tout autre lieu correspondant à l’actuel parc Ueno ! Il avait été fondé en 1630 par Hayashi Razan (1583-1657), grand érudit, philosophe néo-confucéen, tuteur et conseiller des quatre premiers shoguns du shogunat Tokugawa, au sein même de sa propriété à Shinobugaoka. 

Il s’agissait alors d’un temple confucéen privé, le Sensei-den ou "Temple des maîtres", dédié à Confucius et quatre de ses disciples :

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Statue de Confucius du Yushima Seido

  • Confucius (551–479 av. J.-C.), le plus grand philosophe chinois qui a donné naissance au confucianisme ou "école des lettrés", doctrine philosophique, morale et politique basée sur un système de moralité personnelle et publique (bonne conduite , sagesse, piété filiale…) permettant d’atteindre l’épanouissement et l’harmonie avec ses semblables.

  • Mencius (372-289 av. J.-C.), philosophe, écrivain et penseur chinois confucéen qui aurait été le disciple de Zi Si, le petit-fils de Confucius. Il est l’érudit confucéen le plus célèbre après le grand Confucius lui-même.

  • Yan Hui (513-482 av. J.-C.), disciple de Confucius et vénéré comme l'un des quatre sages du confucianisme et l’un des Douze Philosophes.

  • Zengzi (505-435 av. J.-C.), élève de Confucius, un autre des quatre sages, qui commença la lignée des professeurs traditionnels de Confucius.

  • Zi si (481–402 av. J.-C.), philosophe, auteur et petit-fils de Confucius qui enseigna le confucianisme à Mencius.

C’est une décision shogunale ; celle du cinquième shogun Tokugawa, Tokugawa Tsunayoshi (1646-1709), qui viendra bouleverser le sort du Sensei den. Fervent défenseur du néo-confucianisme, le shogun fait transférer et agrandir le temple à Yushima en 1691. Le bâtiment principal qui sert de temple officiel au clan Tokugawa est appelé Taisei-den. Quant à l’ensemble du complexe, il devient le seidô de Yushima ou "Lieu saint de Yushima".


A l'origine du système scolaire japonais

Dès sa construction en 1630, le temple abritait un établissement d’enseignement. Cette tradition perdurera malgré la relocalisation à Yushima et s’intensifiera à la fin du 18èmesiècle. Ainsi, en 1797, la petite école de la famille Hayashi laisse place à la Shohei-Zaka Gakumonjo, également appellée Shôheikô, l’école officielle des grands responsables du clan Tokugawa ; une académie placée sous le contrôle direct du shogunat. 

La restauration de Meiji aura raison de la Shohei-Zaka Gakumonjo. Celle-ci ferme ses portes en 1871. Dès lors, les divers bâtiments du Yushima Seidô abriteront d'autres institutions universitaires et culturelles. S'y succèderont le ministère de l’éducation, l’école normale de Tokyo (actuelle université de Tsukuba), l’école normale pour femmes (aujourd'hui l'Université Ochanomizu), la première bibliothèque du Japon ainsi que le premier musée de l'archipel à savoir le Musée National de Tokyo. C'est au Taiseiten qu'eut lieu le 10 mars 1872 la première exposition du musée avant que celui ne s'installe dans le parc de Ueno en 1882. 

Chacun reconnait aujourd'hui le rôle historique du temple sur le système d'enseignement japonais. Les étudiants ne s'y trompent pas d'ailleurs. En période d'examens, ceux-ci affluent en nombre au Yushima Seidô pour prier la réussite à leurs examens ! Le lien intrinsèque entre le Yushima Seidô et l'éducation n'est donc pas complètement rompu. 

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Estampe réalisée en 1872 illustrant le Yushima Seido

Un temple paré de noir

Cerné par son mur d'enceinte datant de l'époque d'Edo (1603-1868), un mur tsukiji bei construit selon une technique traditionnelle d'empilement de boue et de tuiles, le Yushima Seidô déconcerte les visiteurs habitués à fréquenter des sanctuaires et temples aux couleurs éclatantes ou naturelles du bois brut. Cette couleur noire n'est pas d'origine. Elle n'aurait été adoptée qu'en 1799 lorsque le temple fut agrandi et reconstruit. 

Selon toute vraisemblance, le Yushima Seidô présentait initialement des teintes plus conventionnelles : des structures rouge vermillon et des toits vert-de-gris. 

Toutefois, c'est à nouveau le noir qui fut choisi par l'architecte Itô Chûta (1867-1954) lors de la reconstruction du temple en 1935. Le Yushima Seidô compte en effet parmi les innombrables pertes engendrées par le grand séisme de Kantô en 1923. Une terrible ironie du sort lorsque l'on sait que ce dernier venait d'être classé site historique national l'année précédente. 

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